La bouffe est chouette à Fatchakulla : Ned Crabb

Titre : La bouffe est chouette à Fatchakulla                 big_3

Auteur : Ned Crabb
Édition : Gallimard (2008) / Série Noire (2004)
Première parution : 1978 [Oldies]

Résumé :
Pas de quartier à Fatchakulla City ! Ça dépiaute sec, on étripe à tout va au détour des chemins sous la lune. Des marécages montent d’étranges ronronnements généralement suivis de découvertes macabres.

Du plus fieffé salaud du canton à d’autres proies plus délicates (quoique !), les victimes s’accumulent au fur et à mesure qu’un être mystérieux les lacère, les mange puis les éparpille aux quatre vents. Une tête par-ci, un bout de bras par-là…

Fatchakulla, jusque-là connu pour ses dégénérés consanguins et ses alligators, s’est trouvé une autre spécialité.

Les habitants crèvent de trouille. On parle de fantômes et d’esprits et tout le monde semble pouvoir y passer. Même la grosse Flozetta s’est fait bouffer !…

Critique : 
Fatchakulla (à tes souhaits) Springs est une paisible bourgade de la Floride. Nous pourrions même la renommer « Ploucville » tellement ses habitants sont des imbéciles congénitaux, croyant encore que si vous sortez à la tombée de la nuit,  Willie Le Siffleur viendra pour vous prendre et vous manger tout cru !

C’est dans cet état d’esprit apeuré qu’était Module Lunaire, jeune gamin de 8 ans, lorsqu’il brava les interdits pour aller chercher des asticots de nuit, qui, comme le nom l’indique, ne se trouvent que la nuit ! S’il vous plaît ? Oui, j’ai oublié de vous préciser que le gamin se nomme « Module Lunaire ». Pas de sa faute si, le jour de sa naissance, Apollo XI atterrissait sur la lune !

Déjà qu’il avait un peu la trouille, je ne vous raconte pas son état après être tombé sur la tête d’Oren Purvis qui se trouvait sur le chemin menant au bayou.

La tête ?? Mais il est où le reste du corps ? Ben, personne ne le sait… Willie Le Siffleur aura sans doute dû tout manger, sauf la tête. Bon, on ne va pas lui en vouloir vu que Purvis était le plus salopard de toute la contrée.

« Le vieil Oren détestait les enfants et flanquait des coup de pied aux petits chiens. […] Pas de doute, Oren Purvis était un salaud. A en croire les gens du pays, il ne valait pas la corde pour le pendre ».

Pour un roman déjanté, c’est un roman déjanté ! Déjà que nous sommes face à des crétins finis, superstitieux comme pas deux, trouillards à mort, pétris de vieilles légendes qui font peur aux enfants comme aux parents… et, éleveurs de chats tous aussi dégénérés qu’eux.

Ajoutons à cela des forces de l’ordre qui ressemblent à tout sauf à des flics, des morts dont on retrouve des morceaux mais pas l’entièreté du corps et pour résoudre toute cette sordide affaire, le trio constitué du shérif Arlie Beemis, du docteur Doc Bobo (ça s’invente pas, en plus, il est déprimé et trouillard) et de Linwood Spivey qui pourrait se prétendre digne émule de Sherlock Holmes s’il ne picolait pas autant…

Arlie et Linwood s’aperçurent que Doc Bobo s’était entouré de ses propres bras et gémissait.
— Qu’est ce qui vous arrive, doc ? demanda Arlie.
— Je me demande où ils rangent les têtes et les jambes, dit Doc Bobo, à mi-voix, se balançant d’avant en arrière, les yeux fixés droit devant lui. Doit y avoir un millier de cachettes dans cette baraque.
Linwood se tourna vers le toubib et fonça les sourcils.
— Allons, Doc, dit-il, ressaisis-toi.

Et un assassin insaisissable, qui ne laisse pas de traces de ses méfaits, hormis des morceaux de ses victimes, comme s’il avait bouffé tout le reste.

— Arlie, on dirait… On dirait qu’on lui a arraché la jambe.

— Regarde-moi ça, dit Doc Bobo. Bon sang, regardez-moi ça. Ça n’a même pas été tranché. Regardez-moi cette chair : elle est déchirée.

L’épisode de la fesse de la pauvre Flozetta est un pur moment jubilatoire ! Oui, une fesse, c’est tout ce qu’il restait d’elle, la pôvre. Et quand on sait que Flozetta était le cul le plus gros et le plus disponible pour tous les mâles du canton…

— Qu’est-ce que vous croyez que c’est shér’f ? grogna Leonard Pouncey.
Arlie rejeta son chapeau en arrière et se gratta la tête.
— À mon avis, c’est la fesse droite d’un très gros derrière.

— J’suis d’accord, bafouilla Buford. Et dans les environs, y a que Flozetta Cooms pour avoir un cul pareil.

Je pense qu’avec tout ces éléments, vous aurez une vision assez juste de l’atmosphère de malade qui règne dans les 181 pages.

Ne cherchez pas de la logique, il n’y en a pas. On est dans le loufoque, on sourit durant la lecture, les bons mots sont légions, Buford, l’adjoint du shérif est un type qui finira chef d’escadrille le jour où les cons sauront voler et on ne peut pas dire que la procédure criminelle est respectée, mais on s’en moque, on ne l’ouvre pas pour ça.

Oubliez aussi les belles phrases… Nous sommes chez les bouseux qui élisent Miss Pêche à la Grenouille ! Ici, on bouffe ses lettres, on n’a pas beaucoup d’esprit mais on a de l’humour, de préférence, noir !

— Différent ? Parce que ce coup-ci, ils ont laissé un bras et un pied au lieu d’une fesse ou d’une tête.
— Mais non. Ce que je veux dire, c’est la question des indices.

De la rigolade, du suspense, des fausses pistes et de la loufoquerie au menu de ce polar qui, bien que ne cassant pas la tête à Willie le Siffleur, a eu le mérite de me faire passer quelques heures fort plaisantes.

Lu dans le cadre du Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015).

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