Walter Appleduck – Tome 2 – Un cow-boy dans la ville : Fabcaro et Fabrice Erre

Titre : WalterAppleduck – Tome 2 – Un cow-boy dans la ville

Scénariste : Fabcaro
Dessinateur : Fabrice Erre

Édition : Dupuis (2020)

Résumé :
Son master de cow-boy en poche, Walter Appleduck regagne la ville en compagnie de Billy, l’adjoint du shérif de Dirtyoldtown. Son objectif est désormais que celui-ci s’ouvre aux valeurs modernes et humanistes.

Mais loin de son Ouest sauvage, Billy, homme rustre, macho, grossier et alcoolique, a beaucoup de mal à s’adapter.

Critique :
Walter Appleduck est un être civilisé, cultivé, poli, instruit, ouvert d’esprit et aux autres cultures.

Puisque son stage à DirtyOldTown  est terminé, il invite l’adjoint au shérif, Billy, dans la grande ville.

Billy, l’adjoint, est le négatif de Walter : il est grossier, bourru, impoli, imbuvable, raciste, con, gaffeur, macho, crétin, inculte, rustre,… n’en jetez plus !

Anybref, pour arriver à ouvrir l’adjoint du shérif aux valeurs humanistes et modernes, faut se lever très tôt le matin.

On prend les mêmes, on recommence, mais on inverse l’histoire : après le citadin qui débarquait dans la ville de l’Ouest, voici le bouseux délicat de la gâchette qui arrive en ville. Changez de trottoir !

Ce que j’apprécie dans cette bédé, c’est le ton décalé, déjanté, utilisé par les auteurs, que se soient dans les dessins ou dans les dialogues.

Lorsque l’on est attentif, on remarque des petits détails amusants dans les cases, comme ces chevaux devant un grand hôtel qui portent les insignes Rolls-Royce et Ferrari. Il y en a plein, à vous de les découvrir.

Billy est un personnage qu’on n’a pas envie de trimbaler derrière nous tant il est un crétin fini mais il est drôle et ses péripéties avec le bandit Rascal Joe sont des plus hilarantes. Le tout est à prendre au second degré, bien entendu.

C’est corrosif, sous le couvert d’humour, les auteurs taclent notre société de consommation, l’art, les restos gastronomiques, le racisme… Tout y passe à la moulinette de l’humour noir et des running gags avec Rascal Joe.

Scénario déjanté avec des dessins cartoonesques (qui va bien au ton de la bédé), cette bédé est parfaite pour rire un bon coup, pour se détendre le corps et l’esprit ou pour se changer les idées si on broie du noir.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°74] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

Walter Appleduck – Tome 1 – Cow-boy stagiaire : Fabcaro et Fabrice Erre

Titre : Walter Appleduck – Tome 1 – Cow-boy stagiaire

Scénariste : Fabcaro
Dessinateur : Fabrice Erre

Édition : Dupuis (Février 2019)

Résumé :
Walter Appleduck est un jeune homme cultivé, poli et bien éduqué qui fait un « master cowboy ». Le shérif de DirtyOldTown et son adjoint Billy ont accepté de le prendre en stage pour lui apprendre les rudiments du métier.

Critique :
Le panneau à l’entrée de la ville de DirtyOldTown est clair et net : « Étranger, ici on n’aime pas trop les étrangers ».

Pourtant, vous auriez tort de passer votre chemin car la ville de DirtyOldTown vaut le détour, surtout ses habitants.

D’accord, le shérif ne fout rien, on s’évade facilement de la prison, Rascal Joe vous le dira et son adjoint, Billy est l’archétype du type rustre, macho, grossier, misogyne, violent, alcoolique, bas du front, xénophobe, arriéré, fermé, ethnocentré, opportuniste, conservateur et aux idées dangereusement fascisantes. Dixit Miss Rigby que Billy drague comme un manche.

Mais nom d’un colt chargé, qu’est-ce qu’on se marre avec l’adjoint Billy ! Parce que même si c’est un xénophobe bas de plafond, il fait rire tellement il est crétin.

J’avais découvert cette bédé dans l’hebdo Spirou et j’avais déjà ri. La relire m’a fait encore plus rire car j’ai remarqué des tas de petits détails dans les dessins que je n’avais pas aperçu lors de ma première lecture.

Fabrice Erre, le dessinateur, a le sens du détail. Par contre, son trait à lui, c’est les gros yeux, l’absence de coudes (il ne sait pas les dessiner) qui donne des bras tout mous et les doigts aussi, quant aux chevaux, on ne va pas en parler car je n’ai jamais vu un équidé galoper de la sorte.

Ailleurs, je hurlerais, mais pas dans une bédé humoristique qui utilise tous les codes du western tels que les duels, les attaques de banques, de diligence, des Indiens, l’arrivée du télégraphe, la poursuite d’un hors-la-loi tout en les détournant pour les mettre parfois à la sauce moderne.

Le pauvre Walter Appelduck qui vient en tant que stagiaire va découvrir un monde qu’il ne suspectait pas… Lui qui rêvait d’authenticité pour sa thèse, il va souvent être surpris et les lecteurs aussi, pour notre plus grand plaisir.

Détourner les clichés des western pour en faire une critique acide et drôle de notre société, fallait y arriver. Pari réussi pour ce duo qui m’a fait rire devant tant de situations folles, délirantes, dingues, drôles, le tout à la sauce un peu acide car c’est traité de manière intelligente, même sous couvert d’humour bête.

Le fait d’avoir des références de notre monde dans celui du far-west, comme le magazine people Cowser, les émojis dans les télégrammes, une cuisine équipée ou autre ne choque pas.

Anybref, voilà une bande dessinée intelligente, drôle, caustique, qui, tout en respectant les codes western les détourne pour tacler notre société de consommation, l’égalité des sexes, les préjugés, le racisme, la politique, la liberté de presse, la privatisation des sociétés, le travail non payé…

Rions de nos travers et faisons-le intelligemment. Une bédé qui, malgré ses dessins « gros nez », vole beaucoup plus haut qu’on ne pourrait le penser, au premier abord.

Le Shérif : — Que se passe-t-il ?!
Le conducteur du convoi : — Le convoi a été attaqué par des Indiens ! Alors qu’on passait tranquillement au milieu de leur village en écrasant tout…
Le Shérif : — Saletés de bougnoules à plumes !
Walter : — C’est un peu raciste de dire ça, non ?
Le Shérif : — Hein ? Mais non je suis pas raciste.. J’ai même un ami qui a des poules avec des plumes… Non vraiment, c’est pas mon genre…
Walter : — Ah, ben vous me rassurez, parce que les Indiens sont des êtres humains à la culture ancestrale foisonnante qui, pour être différente de la nôtre, n’en est pas moins riche et variée !…
Le Shérif : — « Des êtres humains », hu hu hu…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°50] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

De loin on dirait des mouches : Kike Ferrari

Titre : De loin on dirait des mouches

Auteur : Kike Ferrari
Édition : Albin Michel (2019) / Le Livre de Poche Policier (2020)
Édition Originale : Que de lejos parecen moscas (2011)
Traduction : Tania Campos

Résumé :
Un glock, des menottes en fourrure, de l’arrogance, de la cocaïne. Et un cadavre. Tout cela tient dans la BMW noire du senor Machi, self made man de l’époque des dictateurs argentins et aujourd’hui entrepreneur sans scrupules.

Lui qui se croit au-dessus de tout le monde voit son univers doré réduit en poussière lorsqu’il découvre le corps d’un homme sans visage dans le coffre de sa BM flambant neuve.

Six heures de la vie d’un personnage infect, étouffé par sa propre prétention, qui doit se débarrasser d’un cadavre. Six heures à passer en revue – et ils sont nombreux – tous les « hijos de mil putas » qui voudraient le voir tomber.

Une attaque frontale contre la bourgeoisie argentine de l’époque de Videla, où les hommes d’affaires sont véreux et leurs femmes accommodantes.

Critique :
Le senor Luis Machi est un enfoiré de sale parvenu qui ne se prend pas pour de la merde mais considère tout le monde comme des résidus de chiottes sales, alors qu’en fait, c’est lui qui l’est.

Oui, Machi est un type abject, avec des airs de Trump dans sa manière qu’il a d’envoyer tout le monde au diable, de leur couper la parole, de raccrocher avant, de donner des ordres et de se vanter que lui, il est parti de rien et qu’il a réussi.

Pourtant, on s’amuse de le voir s’empêtré les pieds, non pas dans un tapis, mais dans un cadavre.

Certains ont des cadavres dans le placard, lui, c’est dans le coffre de sa BM. Menotté, en plus, le cadavre… Le but des prochaines heures sera de ne pas se faire prendre avec le cadavre, s’en débarrasser et trouver qui le déteste à ce point-là que pour vouloir lui faire porter le chapeau.

Ils sont légions ceux qui aimeraient foutre en l’air quelques heures de la vie de Machi. Il s’est essuyé les pieds sur tout le monde, a trompé sa femme, a traité ses maîtresses comme de la merde, ses employés encore plus, jamais de remerciements et j’en passe. Sa carte des méfaits est longue.

Ce roman noir et déjanté vous propose de faire un voyage dans la tête d’un salopard, de ne rien rater de ses pensées monstrueuses, de ses souvenirs, de ses rails de coke et de son esprit limité, comme peu l’être celui de Trumpinette pour tout ce qui touche à la culture, à la lecture et à tout ce qui ne l’intéresse pas.

Machi a beau jouer au macho, on devine les blessures de la jalousie sous son arrogance, lui qui est parti de rien, lui qui n’a pas un nom en deux parties, comme son épouse, lui qui n’est pas né avec une cuillère en argent dans la bouche, comme elle.

Lui qui, comme beaucoup d’autres, ont profité de la dictature argentine pour s’en mettre plein les poches. Lui qui, comme tous ces nouveaux riches, n’a aucun poids sur la conscience. La quoi ? La conscience ? Pardon, ce mot n’existe pas dans son dico perso.

Enfin bon, il a sa Rolex, donc, il a réussi sa vie, n’est-ce pas ? Plus des costards italiens taillés sur mesure, des cravates en soies d’Italie, des cigares, des vins et des alcools de choix. Un vrai bling-bling qui sniffe de la coke comme d’autres se mouchent le nez un jour de rhume.

Si je vous en parler, c’est parce que tandis que notre pute de fils cherche à se débarrasser du macchabée, il pense déjà à tous ces petits plaisirs qu’il va s’offrir en rentrant chez lui.

Oui, Luis Machi est abject, arrogant, pédant, mal élevé, sans conscience, salopard, harceleur, trompe sa femme, baise autant qu’un croisement improbable entre DSK et le Rocco des films X, méprise tout le monde et puis se demande qui a bien pu lui en vouloir pour lui jouer un coup de pute de la sorte.

C’est justement parce qu’il est tout ça que l’on se délecte en le voyant se démener, vitupérer, s’énerver, crier, mordre sur sa chique et tenter d’être poli de temps en temps, afin de ne pas se faire trop remarquer et même courber l’échine devant des flics… Le tout durant quelques heures qui seront les plus longues de sa vie et qui feront le plaisir des lecteurs, témoins de sa déchéance.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°231 et le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 19].

 

 

Bagdad, la grande évasion : Saad Z. Hossain

Titre : Bagdad, la grande évasion

Auteur : Saad Z. Hossain
Édition : Agullo Fiction (13/04/2017) / Folio SF (2019)
Édition Originale : Escape from Baghdad ! (2013)
Traducteur : Jean-François Le Ruyet

Résumé :
Prenez une ville ravagée par la guerre : Bagdad, 2004.

Prenez deux types ordinaires qui tentent de survivre ; ajoutez un ex-tortionnaire qui veut sauver sa peau, un trésor enfoui dans le désert, un GI bouffon mais pas si con.

Incorporez un fanatique religieux psychopathe, un alchimiste mégalo, une Furie et le gardien d’un secret druze.

Versez une quête millénaire dans un chaos meurtrier chauffé à blanc ; relevez avec sunnites, chiites, mercenaires divers et armée américaine.

Assaisonnez de dialogues sarcastiques et servez avec une bonne dose d’absurde.

Critique :
♫ Je m’appelle Bagdad♪ Et je suis tombée ♪ Sous le feu des blindés ♫

Direction Bagdad en pleine guerre (2004), lorsque les gendarmes du monde, les Américains, retournaient tout le pays à la recherche d’hypothétiques armes de destruction massive, sans savoir que c’étaient eux les armes de destruction.

C’est dans une ville et un pays ravagé que j’ai débarqué. Nous étions loin du faste des milles et une nuits ou des hôtels avec 36 étoiles.

Pourquoi cette destination dangereuse qu’aucun Tour-Opérator ne me proposerait ? Pour varier mes lectures, mes plaisirs littéraires et parce que durant le Mois du Polar (en février, chez Sharon – page de pub), j’essaie toujours de sortir des auteurs aux nationalités moins courantes ou qui proposent des destinations inhabituelles pour moi.

Pour sortir de l’ordinaire, il sort de l’ordinaire, ce roman qui commence comme un roman de guerre additionné d’une touche d’humour cynique et d’une mini dose de fantastique ésotérique. Ou de l’ésotérisme fantastique. Vous trancherez.

Allez, c’est jour de fête on a aussi, dans ce récit, comme des airs de western, de la religion, de la politique, de l’action, de l’humour et de la réflexion. J’espère n’avoir rien oublié et s’il y en a un peu plus, je vous le laisse, ma bonne dame.

Les personnages sont assez atypiques car entre Dagr l’ancien prof de math, Kinza le tueur, Hamid l’ancien tortionnaire du régime de Saddam, Hoffman le sergent américain qui semble bien parti pour gagner un dîner de con et d’autres personnages tous plus hallucinants les uns que les autres dont un alchimiste sournois, une femme fatale, un espèce de martyr mystique et des fanatiques religieux. Visez-moi le casting de malade.

Anybref, le lecteur se retrouve devant un roman échevelé mais intelligent, bien écrit, bien mis en scène et profond. Le ton avec une dose d’humour noir et cynique. De l’absurdité parfois, mais pour arriver à du réel, tout en dénonçant une guerre absurde.

Vous savez, dans un pays en guerre, les gens simples se divisent en deux catégories : ceux qui se terrent et font dans leur froc et ceux qui prennent les armes et n’ayant plus rien à perdre, vont jusqu’au bout de la folie. Dagr en fait partie, même s’il a encore le trouillomètre à zéro à certains moments.

Il est dommage que l’ont mette en avant des romans qui le méritent sans doute mais qui n’ont pas autant d’âme que celui-ci, qui, soyons réalistes, ne sera jamais tête de gondole.

Il le mériterait pourtant car la construction est intelligente et jamais l’auteur ne paume son lecteur dans le fatras des personnages qui traverse son récit et niveau personnages principaux, ils sont tellement différents qu’il est impossible de les confondre.

Un roman qui a tout d’un roman noir, d’une course au trésor, d’une vengeance, d’une enquête avec les math pour s’aider, d’un secret aussi vieux que Bagdad, citée millénaire remplie de légendes.

Un roman drôle, intelligent, enlevé, profond, amusant, qui entraînera ses lecteurs dans une aventure folle mais réfléchie. L’auteur a jonglé avec bien des thèmes, passant du sérieux à du plus fou, des combats sanglants à une déclaration d’amour, sans jamais oublier de retomber sur ses pieds avec un équilibre jamais mis en défaut.

Un super roman dépaysant.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°168 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°13].

 

Transsiberian back to black : Andreï Doronine

Titre : Transsiberian back to black

Auteur : Andreï Doronine
Édition : Manufacture de livres (12/04/2017) / 10/18 Domaine étranger (05/04/2018)
Édition Originale : Transsiberian Back2Black (2015)
Traducteur : Thierry Marignac

Résumé :
« Tokha, un petit mec trapu, gagnait son fric de manière extravagante – attaquant dans le dos des passants isolés, en les assommant par-derrière avec des chats gelés à mort et durs comme de la pierre. »

Un jeune auteur de Saint-Pétersbourg raconte le quotidien tragicomique d’un camé. Sans illusion, sans la moindre sentimentalité inutile, ces récits noirs en grande partie autobiographiques, tragiques et pleins d’humour, font de la grande ville du Nord une métropole anonyme à la beauté lépreuse, et dont les palais tant vantés cachent d’innombrables taudis.

Critique :
♫ You go back to her ♪
♪ And I go back to ♪
♫Black, black, black, black, black, black, black ♫

Avec un titre pareil, il m’était impossible de ne pas penser à la chanson d’Amy Winehouse « Back To Black » que j’adore.

Ce roman est composé de 12 nouvelles et pour une fois, je ne pourrai pas dire qu’elles n’en disent pas assez ou qu’il manque quelque chose puisqu’elles sont en fait des tranches de vie d’un camé.

Trainspotting à la sauce russe ? Oui, tout à fait… La vie des camés est décrite sans concession, sans filtres et c’est glauque, violent, sordide, surtout lorsqu’on s’aventurera dans les bas-fonds de la vielle de Petersbourg.

Par contre, je n’ai pas ri ! Il n’y a rien de risible là-dedans, même si nous sommes souvent face à des situations cocasses, mais elles donneraient plus envie de pleurer devant cette déchéance humaine.

Si je vous parle de rire, c’est parce que sous le 4ème de couverture, il était noté en commentaire : « La noirceur de Transsiberian back to black n’a d’égal que sa légèreté. J’ai rarement autant ri à la lecture d’un texte violent et sordide ».

Là, ne comprends toujours pas car aucune situation ne m’a fait sourire, malgré l’autodérision du narrateur qui n’est jamais que l’auteur qui nous raconte sa vie de drogué, sa vie d’avant.

Pire, si la première histoire m’a plu, le reste m’a plutôt ennuyé, n’arrivant pas à l’attacher à un personnage, même le principal et j’ai fini le roman en sautant des lignes et des paragraphes.

Un roman noir très glauque, cash et trash, rempli de déchéance humaine, d’une vie à se traîner car sous l’emprise de la drogue, à vendre son âme, pour un peu de fric, à ne plus ressembler à un Homme tant la spirale infernale de la poudre blanche les tient dans ses rets.

Ne cherchez pas la lumière, il n’y en a pas. Le récit a indigné des gens car ils ne comprenaient pas comment l’auteur pouvait parler avec autant de légèreté de la drogue.

Malheureusement, il ne m’a pas donné l’ivresse attendue, je n’ai pas plané avec lui. J’aurais peut-être dû le sniffer ou lieu de me l’injecter…

Allez, au suivant !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°166 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°11].

Bourbon Kid – Tome 8 – Que le Diable l’emporte : Anonyme

Titre : Bourbon Kid – Tome 8 – Que le Diable l’emporte

Auteur : Anonyme
Édition : Sonatine (22/08/2019)
Édition Originale : The Greatest Trick (2019)
Traducteur : Cindy Colin-Kapen

Résumé :
Vous êtes bien-pensant ? Conformiste ? Poli, honnête et respectable ? Vous voulez le rester ? N’ouvrez jamais ce livre.

Tout le monde pensait que le tueur le plus impitoyable que la Terre ait jamais portée était mort. Et bien non. Le Bourbon Kid est bel et bien vivant.

Ce qui est une très mauvaise nouvelle. Pour tout le monde, mais surtout pour lui.

Plutôt que de profiter d’une paisible retraite plus ou moins méritée, notre homme va en effet devoir régler quelques dettes.

Avec à ses trousses toutes les bonnes et les mauvaises âmes de ce monde, le Kid a la très mauvaise idée de se réfugier dans un monastère où sommeillent de sombres secrets.

S’il a l’habitude d’affronter des vampires, des bikers, des ninjas, des policiers assermentés et autres créature de l’enfer, faire face à un moine fou et des nonnes psychotiques est une autre paire de manches.

Critique :
Une affiche pour Jack Daniels disait « It’s not scotch, it’s not bourbon. It’s Jack ».

(Pour les fâchés avec la langue de Shakespeare ou de Trumpinette : Ce n’est ni un scotch, ni un bourbon, c’est du Jack).

On pourrait dire de même avec le Bourbon Kid : Ce n’est pas du Bourbon, ce n’est pas du Scotch, c’est LE Kid ».

Quoi de plus inspiré que de commencer le !ème tome des aventures du Bourbon Kid durant la nuit d’Halloween et de le terminer durant la fête des morts ?

Petite mise en garde : si vous n’aimez pas les tueurs déjantés qui boivent du Bourbon, les vampires, le Diable, le fantastique, la scatologie, les anges, les moines tueurs, les aventures déjantées et des personnages passez votre chemin !

D’ailleurs, vous pourriez être fan de l’univers fantastique de Harry Potter et choir de votre chaise en lisant les romans du Bourbon Kid car on est dans le politiquement incorrect, dans le porte nawak (de temps en temps) et ici, rien n’est respectable, surtout quand Sanchez va couler un bronze.

Autant où Le Livre sans nom m’avait surpris d’une belle manière (waw), autant où Le cimetière du diable était bien mais sans le double effet Kiss Cool, autant où ce dernier tome manque assez bien d’épices et de cohérence, surtout à certains moments où on se dit que l’auteur a meublé en foutant n’importe quoi juste pour meubler.

Pourtant, tout n’est pas à jeter dans cette nouvelle aventure du Bourbon Kid : on en apprend un peu plus sur sa vie d’avant, les personnages habituels d’Elvis, Sanchez, La dame Mystique, Flake, Rodéo Rex et Jasmine sont mis à l’avant-plan, j’ai pris plaisir à revoir cette chère Janice Joplin et le diable, Scratch, m’a donné quelques sourires, surtout avec ses portails dans les chiottes.

Les derniers chapitres, eux, ils sont déjantés mais dans le bon sens du terme ! Ça bouge  à mort, c’est bourré de suspense, de retournements et j’ai pris mon petit coup de pied au cul en découvrant le piège et tout ce qui en a découlé. J’avais rien vu venir.

Aurais-je dû sentir le vent ? N’ayant pas lu les tomes précédents (Le pape, le kid et l’iroquois / Bourbon kid), je ne sais pas si dedans se trouvaient des indices pour ce final qui m’a coupé le souffle.

Si vous lisez ce roman, ne vous attendez pas à de la grande littérature et à des personnages d’une profondeur confondante, sauf dans leurs conneries où là, ils atteignent tous une profondeur démentielle.

Ne cherchez pas de la philosophie, ni la porte des chiottes, vous risqueriez une saloperie pulmonaire digne des gaz moutardes de la Grande Guerre. Et surtout, ne buvez pas à la flasque que vous tendra immanquablement Sanchez (le gros hispanique avec des traces de freinage dans le fond de son slip à la couleur déjà plus que douteuse).

Mais si vous ouvrez ce roman, faites-le en vidant votre cerveau car pour vous aérer l’esprit, il est excellent, même s’il brille moins que le premier tome puisque maintenant, nous savons où nous allons (si vous êtes vierge du Bourbon Kid, alors, commencez par le tome 1 !).

Vu ce que j’ai lu, je serai au rendez-vous pour le tome suivant !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°93 et le Challenge de l’épouvante Edition Autumn, Witches and Pumpkin chez Chronique Littéraire (Menu Terreur –  666 : démons & Menu Le Sentier De La Terreur – Créatures de  la Nuit : Vampires).

 

Martiens, go home ! : Fredric Brown

Titre : Martiens, go home !

Auteur : Fredric Brown
Édition : Folio SF (2010/2016)
Édition Originale : Martians, Go Home (1955)
Traducteur : Alain Dorémieux

Résumé :
« Salut Toto ! Salut Chouquette ! », voilà les mots prononcés lors de la première rencontre entre un martien et un homme.

L’étonnement et l’émerveillement vont être cependant de courte durée. En effet, les petits hommes verts ne sont pas du tout comme nous avions pu les imaginer jusqu’à présent.

Malpolis, prétentieux, indécents, curieux à l’extrême, ils sont tout simplement insupportables. Ils prennent, de plus, un malin plaisir à révéler les secrets les mieux gardés.

Grâce au « couimage », ils sont insaisissables et se déplacent instantanément où ils veulent. Seuls les psychiatres et les pharmaciens profitent de leur arrivée.

Lorsqu’on leur demande pourquoi ils sont là, ils répondent : « Qu’est-ce que les gens vont faire dans les zoos sur ta cochonnerie de planète ? »

Que pourra bien faire un auteur de science-fiction en mal d’inspiration, un marabout africain ou un portier de Chicago face à ce fléau impitoyable.

Brown, qui excelle dans l’art du coup de théâtre et de la chute, nous propose une oeuvre absolument « loufoque » ! Un grand moment de rire et de détente pour tous.

Critique :
Ce livre est effrayant, angoissant, stressant et il m’a foutu mal à l’aise comme l’ont fait avant lui des dystopie où l’on brûlait des livres, où Big Brother voyait tout, où l’on réécrivait l’Histoire, où les femmes n’étaient que des juments reproductrices…

Et pourtant, il est drôle, amusant et j’ai ri.

C’est la le plus dangereux ! On ri, mais quand on y pense bien, si ce genre de truc arrivait, on serait dans une belle merde !

Imaginez que vous ne soyez plus à l’abri de rien, plus aucun secret, même dans le plus épais coffre-fort, n’est protégé car ces Martiens voient à travers tout…

— Oh… je vois. Jeunes mariés, sans doute ?
— D’aujourd’hui, précisa avec orgueil Dorothy.
— Parfait !… Dans ce cas, je veux bien quelque chose. J’ai entendu parler de vos dégoûtantes habitudes en matière d’accouplement. Je vais vous regarder faire.

Et, en dépit des inhibitions dues à la nécessité d’agir en silence, ce fut quand même une nuit de noces en fin de compte.
Leur satisfaction aurait été entamée (et elle le fut effectivement le lendemain) s’ils avaient su, comme on devait très vite s’en apercevoir, que les Martiens voyaient non seulement dans le noir, mais aussi à travers les couvertures. Ou même les murs. Comme avec des rayons X. Une faculté spéciale comme le couimage, valable avec tous les corps solides. Ils lurent des lettres et des livres sans les ouvrir, déchiffrèrent des documents gardés dans des coffres-forts… Leur acuité visuelle était hors ligne.

Vous baisez sous les couvertures ? Ils voient tout et se permettront même de dire que votre manière de copuler est affreuse, sale et j’en passe. Ils sont curieux et adorent rapporter les ragots, vos secrets les mieux enfouis… Bref, partout où ils passent, c’est le bordel et Big Brother peut aller se rhabiller.

Ils vous rendent dingue à surgir n’importe quand, n’importe où car ces Martiens ont la faculté de se téléporter, enfin, non, de couimer, ce qui veut dire la même chose mais en plus perfectionné. De toute façon, nous sommes trop cons que pour comprendre.

— Est-ce que vous êtes vraiment… euh… un Martien ?
— Nom d’Argeth, mais il est stupide ! Oser encore le demander !

Cherchez pas à devenir amis avec eux, ils sont irrespectueux, farceurs, grinçants, colporteurs de ragots, arrogants, exaspérants, exécrables, grossiers, injurieux, malfaisants, nuisibles, odieux, offensants, perfides, pernicieux, pervers, railleurs et rendraient fous en peu de temps tout un régiment de mois bouddhistes zens.

Ils parlent aussi toutes les langues et en moins d’une heure ils peuvent en apprendre une nouvelle.

Oui, on ri, mais on rigole moins lorsqu’on assiste à l’effondrement de nos sociétés, à celle des Bourses, on entre dans une crise économique plus grave que celle de 1929…

L’industrie du cinéma est à l’arrêt, plus moyen de tourner un film, la radio a cessé toutes émissions, impossibles avec ces petits êtres verts qui foutent le bordel, l’armée est en chômage technique (on ne sait ni les tuer, ni les blesser) aussi et tout ceux qui vivaient autour de ses institutions ne gagnent plus un rond et c’est la récession économique puissance 1.000.

Les seules entreprises qui ne connaissent pas la crise sont les vendeurs d’alcool et les psychanalystes de tout poil.

— Normal, Chouquette, vous les Humains vous êtes bêtes, stupides et vous vous réfugiez dans l’alcool quand ça ne va plus !
— Mais tu vas fermer ta gueule, sale Martien de merde !
— Tu vois, Chouquette, on arrive à vous énerver facilement… Au fait, ceux qui te lisent savent-ils que ton code de CB est le [SPOLIER] et tes codes de PC [CENSURE] [CENSURE] [CENSURE] [CENSURE] [CENSURE]
— Mais tu vas fermer ta gueule, oui ! Pourquoi vous êtes là, au fait ?
— C’est pas tes oignons Chouquette et en plus, tu écris comme un pied. Allez, je me casse…

Tout ça à cause d’un milliard de petits merdeux verts qui sont plus infernaux que des gosses de 5 ans, vous savez, ceux qui savent faire tourner en bourrique les adultes que nous sommes.

Le final, lui, il m’a fait sourire et penser que l’auteur avait bien joué son coup.

Une chouette découverte que ce petit roman de SF désopilant !

Maintenant, j’espère que ces saloperies vertes ne viendront pas nous pourrir la vie, parce que je ne donne pas cher de l’économie Mondiale ! Et tout ça, sans même un conflit… Saletés de martiens, va !

PS : Ce livre a été écrit en 1955, publié en France en 1957, et l’action en 1964.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°37 et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

Chamamé : Leonardo Oyola

Titre : Chamamé

Auteur : Leonardo Oyola
Édition : Asphalte (30/08/2012) / Points Policiers (06/06/2013)
Édition Originale : Chamamé (2007) – Prix Dashiell Hammett 2008 du meilleur roman noir de langue espagnole
Traducteur : Olivier Hamilton

Résumé :
Perro et le Pasteur Noé sont deux pirates de la route. Ensemble, ils font des affaires pas très légales et écument les prisons argentines. Jusqu’à ce que le Pasteur Noé trahisse leur pacte.

Perro n’a alors plus qu’une idée en tête : retrouver son ex-complice et lui régler son compte. C’est le début d’une chasse à l’homme sanglante aux frontières du Brésil, de l’Argentine et du Paraguay.

Critique :
Effectivement, comme il était noté sur le bandeau-titre, ce polar n’est pas Suédois !

Des fois que le lecteur serait un peu crétinus sur les bords et n’aurait pas compris, en lisant le 4ème, que ce roman noir allait l’entraîner dans la moiteur de l’Amérique du Sud et non dans le froid des pays du Nord.

Violent, voilà le maître mot de ce roman noir percutant comme une balle dans le bide.

Déstructuré aussi parce que le récit n’est pas linéaire et on fait des bons dans le temps pour revenir sur des faits passés, ce qui déstabilise un peu si vous n’êtes pas attentifs, sans parler que ça fait parfois retomber le suspense car ces retours vers le passé ont parfois lieu juste après un final de chapitre sous haute tension.

Niveau personnages, ne cherchez pas celui d’un flic, ils ne sont pas là, nous sommes dans un roman noir et dans cette littérature là, basta la flicaille et bienvenida les truands en tous genre.

Manuel « Perro » Ovejero est un truand, mais son compagnon Noé, pasteur auto-proclamé de son état est bien pire encore, c’est un fou diabolique, un assassin, un taré. Bref, évitez de croiser sa route.

Je détestais quand on m’appelait « Perro ». Mais tout le monde connaissait ce surnom de merde. C’est ce petit malin de Huevo Rodríguez qui me l’avait donné, un copain d’école qui se foutait tout le temps de mon nom de famille. Y’a pas intérêt que je le recroise. J’ai une balle en réserve, pour un de ses genoux. Je sors mon flingue quand c’est nécessaire. Et personne ne peut savoir à quel point j’ai envie de me le faire, ce tas de merde.

Le code d’honneur des truands, on le respecte quand ça arrange, quand à la spiritualité du pasteur Noé, elle est à géométrie variable et la parole de Dieu vient des chansons entendues à la radio, quelles qu’elles soient, mais jamais du créateur céleste. Pas de soucis, Noé arrange sa propre réalité et ne le remettez pas trop en question ses paroles divines si vous tenez à la vie. Dites amen et fuyez, pauvres fous.

Véritable road-movie déjanté, sanglant, la vengeance étant un plat qui peut se savourer chaud, quand ça va clasher entre Perro et Noé, la route va être parsemée de cadavres, surtout si les paraguayens veulent eux aussi se venger de nos deux affreux.

C’est cru, bourré de sexe en tout genre, de violences, de sang, de cadavres, de digressions de notre Perro national et de chansons rock en tout genre puisque tous les chapitres commencent par des extrait d’une chanson de Bon Jovi (Blaze of Glory).

Là où j’ai un peu décroché, c’est avec des extraits de chansons en anglais et en espagnol, utilisées par le pasteur pour dire ce qu’il avait à dire et le fait de devoir tout le temps aller en fin de roman pour lire la traduction a ralentit ma lecture et à la fin, ça devenait soulant.

Il y a aussi un manque d’épaisseur dans les personnages de Perro et de Noé, comme s’ils étaient survolés, en plus d’être survoltés et il est difficile de s’y attacher, même si, dans certaines chapitres, Perro a su montrer de l’humanité et de l’amour, contrairement à Noé qui, depuis qu’il a pété un jour les plombs, est devenu une bête, loin du message de Jésus !

Si ce roman noir avait eu un peu plus de cohérence et pas ces nombreux aller retour dans le passé au point que j’y perde pieds et s’il n’avait pas eu ces gros placards d’extraits de chansons argentines, plus toutes ses références à une certains culture pop, sans doute que j’aurais pris plus mon pied dans cette ambiance violente où rien de bon ne peut en sortir.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le moi espagnol 2019 chez Sharon (Mai 2019).

L’assassinat d’Hicabi Bey – Alper Kamu 01 : Alper Canigüz

Titre : L’assassinat d’Hicabi Bey – Alper Kamu 01

Auteur : Alper Canigüz
Édition : Mirobole (23/05/2014) / Livre de poche (03/06/2015)
Édition Originale : Oğullar ve Rencide Ruhlar (2004)
Traducteur : Célin Vuraler

Résumé :
Alper Kamu est un curieux petit garçon qui s’est promis de résoudre un meurtre commis dans son quartier à Istanbul.

Il a trouvé Ertan le Timbré à côté du cadavre encore chaud d’Hicabi Bey, policier à la retraite, la télévision allumée à plein volume, mais le cinglé du voisinage était plutôt là pour regarder l’équipe du Besiktas perdre en Ligue des champions.

Déjà tête à claques d’existentialiste, Alper le désormais détective va sécher la maternelle et balader son revolver en plastique Dallas Gold dans une mégapole bigarrée, pleine d’amantes fatales, d’épiciers lyriques et de directeurs sournois…

Critique :
Y’a plus d’jeunesse, ma bonne dame ! Regardez par exemple le jeune Alper Kamu… Non, je ne suis pas enrhubée et je ne suis pas en train d’ibiter un allemand qui barle, il se nomme bien Alper Kamu, le gamin !

Cinq ans, le gamin, et il te cause comme une sorte de Sheldon Cooper de 9 ans…

Son cynisme et son sens de la répartie sont toujours de sortie et il n’a pas peur de répondre aux adultes ou aux gosses plus âgés que lui.

Ma plus grande crainte, en entament ce policier où l’enquêteur a 5 ans, était de ne pas adhérer au personnage et, contrairement à ce que je pensais, je l’ai adoré, ce sale gamin plus intelligent que la moyenne.

Effectivement, ça ne fait pas très réaliste et on aurait plus l’impression de se trouver comme dans la série de « Détective Conan », avec un jeune homme coincé dans le corps d’un gamin suite à une malédiction.

Alors oui, Alper Kamu a beau être intelligent, ce n’est tout de même qu’un gosse de 5 ans qui ne va plus à la maternelle car sa place n’est pas là. Si ses amis lisent Petzi, lui, il se tape Dostoïevski, excusez- du peu. Ou Nietzche, pour se marrer.

Le summum de l’humiliation. Rendez-vous compte, on réclamait de moi, Alper Kamu, fervent admirateur de Chostakovitch, que je m’époumone sur l’air de « Il était une bergère » ! Fort heureusement, mon comportement asocial et mes récurrentes éruptions colériques ont amené la maîtresse à penser que je devais être attardé, si bien qu’elle a fini par me laisser tranquille.

On mettra le réalisme de côté pour profiter pleinement de la causticité du gamin, de son esprit éclairé, de sa vision réaliste du monde et de l’enquête qu’il va réaliser suite à l’assassinat de son voisin, le vieux grincheux Hicabi, ancien flic et entouré de bien des mystères.

Je me suis toujours étonné qu’on puisse considérer les enfants comme des êtres beaux, innocents et naïfs. Quand je regarde ces gamins, je ne vois que les aspects les plus vils et violents de l’humanité. D’ailleurs, je ne me sens pas vraiment différent. Seulement, j’ai de la chance de savoir exprimer ma laideur intérieure de manière plus raffinée

L’enquête n’est aussi qu’un prétexte pour nous parler de la société Turque, de son administration corrompue (et tout le reste aussi), de la pauvreté de certains quartiers, de la délinquance, de la police… Disons ce qui est, l’auteur ne se prive pas de tirer à boulets rouges sur tout ça et il le fait bien.

Beau pays ! Un meurtre vient d’être commis mais il faut attendre la fin d’un match de foot pour que la police et le procureur lève le petit doigt. Mais effectivement, pourquoi paniquer puisque les criminels étaient sûrement occupés à la même chose !

J’ai passé un moment jubilatoire avec ce jeune héros qui n’a pas sa langue en poche et qui était présent avec sa gamelle lors de la distribution de cervelle ! Il est fin, rusé, malin, cynique et pour que son père ne soit pas muté ailleurs, il va mettre tout en oeuvre afin de négocier avec le directeur, un triple connard.

N’allez pas croire que l’enquête soit bâclée parce que c’est un enfant qui mène l’enquête ! Moi, je n’avais rien vu venir du tout !

En se promenant tranquillement dans ses rues et en posant des questions, notre jeune garçon va en apprendre plus que tous les flics réunis, et, tel un Sherlock Holmes en culottes courtes, tel un Hercule Poirot en short (shocking), Alper va assembler tous les bouts de ficelles pour en sortir un écheveau dont toutes les mailles vont venir se resserrer sur le coupable.

Voilà un roman policier drôle, intelligent, subtil, inattendu, caustique, le tout servi par un personnage hors norme, limite extra-terrestre, surtout lorsqu’on se rappelle qu’il n’a que 5 ans.

— Voir que nos institutions publiques sont dirigées par des fascistes aussi subtils que vous me redonne confiance en ce pays, monsieur.

Il était né laveur de voitures. Mais la vie l’avait condamné à devenir épicier, tout comme elle avait condamné de formidables maraîchers à être députés. Le système tue les talents.

Avec un final inattendu, à cent lieues de ce que l’on aurait pu croire, voilà un roman policier qui sort des sentiers battus grâce à un très jeune enquêteur, à d’autres personnages assez hauts en couleurs et une plume acide qui n’hésite pas à piquer le pays là où ça fait le plus mal.

Un petit détail qui m’a plu, ce sont les titres des chapitres, tous ayant une référence littéraire connue. Et puis, vous avouerez que les éditions Mirobole savent soigner leurs couvertures, c’est autre chose que l’édition de poche.

Mes deux seuls bémols – ben oui, il y en a – seront pour un chapitre fort onirique, suite à la consommation de champignons louches par Alper et le délire qui en a résulté.

Ce chapitre long et lourd (« Ainsi hallucinait Zarathoustra ») a été indigeste à lire, alors que je venais de dévorer tout ce qui précédait, sans oublier le petit bémol sur le fait que ce n’est pas très réaliste d’avoir un enquêteur de 5 ans qui s’exprime de la sorte.

Quatre ans de plus, et ça passait mieux, mais alors, Alper Kamu aurait été en obligation scolaire. En tout cas, ça change de tout ce que j’ai pu lire jusqu’à présent, et ça, ça compte énormément aussi. Comme quoi, tout est toujours possible en littérature policière.

Un roman policier qui défrise et où suivre les monologues d’Alper Kamu, ainsi que ses pensées, ses traits d’esprits, est bien plus intéressant que de savoir qui a tué Hicabi Bey, le vieux grincheux qui écoutait sa télé à fond la caisse.

Faudra que je teste la suite, si j’ai du temps devant moi, vu que ma PAL est comme Alper Kamu : hors-norme elle aussi !

Je m’appelle Alper Kamu et j’ai fêté mes cinq ans. À l’approche de mon anniversaire, j’ai passé le plus clair de mon temps posté à la fenêtre, à observer les gens au-dehors. Ils traversaient la vie tantôt accélérant, tantôt ralentissant, et émettaient toutes sortes de bruits, le regard sans cesse en mouvement. J’étais malade à l’idée qu’un jour je deviendrais l’un d’eux. Malheureusement, il n’y avait aucune autre issue possible ; le temps s’écoulait, inexorable, et je vieillissais vite.

Ce samedi était un jour de pluie ordinaire. Après un petit déjeuner tardif, mon père s’est plongé dans ses mots croisés et ma mère dans sa lessive. Comme tous les travailleurs de la classe moyenne, ils passaient leur semaine à attendre le week-end, et le week-end à s’ennuyer de leur travail. Ils ne verraient même pas arriver leur dernière heure-ou la victoire ultime du système.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

Allez tous vous faire foutre : Aidan Truhen

Titre : Allez tous vous faire foutre

Auteur : Aidan Truhen
Édition : Sonatine (08/11/2018)
Édition Originale : The price you pay (2018)
Traducteur : Fabrice Pointeau

Résumé :
Sauvage, déjanté, sans pitié. On vous présente Jack Price.

« Ceci n’est pas un polar pour votre grand-mère, avec des gentils et des méchants. C’est un bouquin pour adulte. Et honnêtement, je dois dire qu’il est moralement répréhensible. Vous allez l’adorer, et à cause de cela, vous allez vous sentir coupable. Mieux vaudra ne pas le laisser traîner : les gens vous regarderont comme si quelque chose ne tournait pas très rond chez vous.

Le mieux, c’est peut-être de le glisser dans un autre livre, avec des fleurs sur la couverture. Comme ça quand vous rirez, personne ne se fera une piètre opinion de l’état de votre âme.

Jack Price est à la cocaïne ce qu’Über est au transport. C’est un criminel en col blanc, parfaitement organisé, avec une force de vente décentralisée et un produit de marque.

Quand sa voisine du dessous se fait tuer, façon exécution, Jack doit savoir pourquoi. C’est une simple question de business et de sécurité personnelle, mais quelqu’un n’aime pas qu’il la pose.

La preuve : les Sept Démons, probablement les sept personnes les pires de la terre, ont été engagées pour le liquider.

Grosse erreur. Énorme erreur.

Parce que maintenant Jack n’est plus obligé de se contenir. Il n’a plus aucune raison de faire profil bas, aucune raison d’obéir aux règles.

Cette histoire raconte donc ce qui se passe quand un groupe de mercenaires internationaux s’en prend à un type relax et du genre bavard qui est en fait complètement barje.

Critique :
Allez tous vous faire foutre… Mais non, ce n’est pas à vous que je parle, vous, je vous aime bien.

Mais combien de fois n’a-t-on pas proféré cette phrase en la hurlant ou en la susurrant doucement, dans ses dents, pour ne pas que les principaux concernés l’entendent ?

J’avoue que même parfois, je la rend encore plus trash et que je souhaite que les autres aillent se faire… enfin, vous voyez quoi !

Anybref, ici, on peut dire que le 4ème de couverture ne ment pas : ce roman n’est pas pour votre gentille mamy, sauf si c’est mamie Luger…

Il est vrai que lire ce roman dans le métro peut générer des airs interrogateurs, réprobateurs ou des sourires sur les faces des gens assis face à vous à cause du titre et de la photo de couverture (qui confirme le tout et est même compréhensible pour tout qui posera ses yeux dessus).

Mais moi, une couverture aussi explicite et un titre aussi attirant, je ne pouvais que demander à Sonatine, via la plate-forme NetGalley, à le découvrir. Et ils ont accepté, pour mon plus grand plaisir. Merci à eux.

Jack Price, le personnage principal, est cynique à mourir, caustique, sarcastique, c’est un salaud de dealer et pourtant, bizarrement, on s’attache très vite à lui et on suit avec plaisir ses péripéties, ses réflexions sur le monde, son business dans le monde de la blanche, avec un sourire béat affiché sur notre petite gueule de lecteur comblé.

Je suis normalement un dealer de cocaïne haut de gamme, une petite opération moderne, presque sans la moindre conséquence si ce n’est qu’occasionnellement un monteur d’échafaudages un peu trop défoncé fait tomber un poteau ce qui de toute évidence fait flipper tout le monde.

Bon, je vais tout de même mettre en garde les lecteurs qui aiment les romans structurés car ils risquent de tiquer devant la manière dont il est écrit…

Comment dire ? C’est un peu comme si l’auteur/narrateur avait oublié de soigner sa mise en page et sa manière d’écrire, confiant le tout à l’éditeur qui aurait oublié de corriger la manière dont le personnage principal (et les autres) s’expriment.

Ça c’est moi sirotant mon infusion de rooibos bio au miel et au sel de mer et savourant la riche profondeur aux nuances de noisette du breuvage ainsi que son relent de sperme de dauphin et ça c’est l’ascenseur qui s’arrête à l’étage sous le mien en faisant ding. Ça c’est moi souriant face à l’inattendu et me préparant à un heureux hasard.

Fred a l’air un peu terne et un peu irritable comme si je l’avais mis en retard pour le récital de tuba de sa fille et qu’il était un peu furax parce qu’en réalité il voulait secrètement manquer le récital de tuba de sa fille mais s’était résigné à y aller et il en était à ce stade où les parents adorent chaque beuglement gueulard du récital de tuba avec une putain de certitude biologique et du coup il en veut à la putain de terre entière de ne pas pouvoir y aller.

J’avoue que moi qui voue un culte immodéré aux virgules, aux tirets cadratins ainsi qu’aux guillemets, j’en ai été pour mes frais, ceux-ci étant les grands absents de ce roman.

Vous pas faire confiance à mon jambon ?
Avant d’être un jambon est-ce que c’était un type qui a conduit un Hilux sur le mauvais chemin à Terre-Neuve et frappé à votre porte avec une attitude menaçante ?
Putain Price c’est méchant.
Mec je suis bien obligé de demander.
Putain vous êtes méchant c’est truc le plus horrible que moi jamais entendu. C’est chèvre bordel. Chèvre des montagnes tout ce qu’il y a d’ordinaire à peu près haute comme votre cuisse.

Habituellement, chez moi, ce genre de présentation, ça ne passe pas (ou difficilement) car je trouve que ça brouillonne le texte et il faut que je m’accroche pour progresser dans la lecture.

Mais ici, passé les premiers étonnements, j’ai poursuivi ma lecture sans soucis et sans faire valser le roman dans la pièce tant cette mise en page lui allait comme un gant.

L’effet addictif du Jack Price, sans doute, qui agit comme une sorte de vaseline et fait passer le tout sans anicroche.

Price sérieusement qu’est-ce que ça peut vous foutre tant que vous pouvez faire des trucs affreux et emmerder le monde et tirer votre coup ?

Par contre, évitez de décrocher lors d’un dialogue car vous risqueriez de ne plus savoir qui dit quoi, mais pas de panique, une petite remontée dans la page vous remettra sur les rails et vous pourrez filer à toute berzingue.

En tout cas, le récit était jouissif, déjanté, brut de décoffrage, couillu mais épilé à la cire chaude (seuls les lecteurs du roman comprendront) et bourré d’action, de situations burlesques, à la limite de l’infaisabilité, mais il ne faut pas lire ce roman pour son côté réaliste, sinon vous risquez de ne pas y trouver votre compte et de vous demander dans quel monde de taré vous avez chu.

Vous pas faire confiance à mon jambon ?
Avant d’être un jambon est-ce que c’était un type qui a conduit un Hilux sur le mauvais chemin à Terre-Neuve et frappé à votre porte avec une attitude menaçante ?
Putain Price c’est méchant.
Mec je suis bien obligé de demander.
Putain vous êtes méchant c’est truc le plus horrible que moi jamais entendu. C’est chèvre bordel. […] Mangez putain de jambon. C’est chèvre.
OK.
OK.
Il est bon.
Normal ce connard a bouffé chez Joël Robuchon chaque jour pendant un mois avant s’envoler pour Terre-Neuve… Je déconne Price sérieusement le recrachez pas OK ? Bordel vous croyez trucs affreux sur les gens.
Vous êtes un vieil enfoiré diabolique. 

Conseil d’ami : laissez-vous emportez par Jack Price, suivez ses péripéties, ses digressions sur un peu tous les sujets, appréciez son humour parfois un peu limite, ses actions totalement illicites et à la limite de l’horreur, amusez-vous à l’imaginer cavaler un peu partout avec les tueurs lancés à ses trousses et savourez la manière dont il gère tout ça et s’en tire haut la main.

Les Sept Démons. C’est trop drôle. Ce serait idéal, purement gratuit. C’est comme si vous voyiez une souris dans votre cuisine et que vous arrosiez toute votre maison de napalm avant de lâcher cent pythons affamés au milieu des cendres.

En fait c’est faux vous êtes une espèce très particulière de sociopathe narcissique à haut niveau de fonctionnement. J’aimerais scanner votre cerveau au moment de la prise de décision sous pression, ce serait très bénéfique à l’étude du processus cognitif anormal. Y consentiriez-vous ?

Vous voyez ça ? C’est la petite mélodie que je fredonne. C’est ma joyeuse petite mélodie. Vous savez ce que c’est aussi ? C’est le bip des touches d’un téléphone portable. Car j’étais le Cardinal du café. Je suis Jack Price. Je me souviens des dix premières lignes du tableau des cotations pour chaque jour de 1998. Et maintenant je me souviens aussi de ça.

Assurément, le genre de roman avec lequel ça passera ou ça cassera. Il ne sera pas le roman de l’année et il finira avec l’étiquette de roman déjanté qui m’a fait passer un moment de lecture inoubliable tant il était barré, un peu à la manière d’un « Livre sans nom », le côté fantastique en moins.

Pour moi, il est passé mieux qu’une lettre à la poste et j’ai toujours un sourire débile affiché sur ma trogne.

On dit quoi ? On dit « Merci Jack Price et Sonatine » !

PS : à offrir à des gens qui ont le sens de l’humour et qui ne prendront pas le titre pour argent comptant… Je suis pour la paix dans les familles…

En plus franchement après la crise des subprimes tellement d’argent sale s’est écoulé dans l’économie ordinaire que la moitié des banques oh si chastes du monde sont remplies de cash bien crade.

Le café permet de juger une personne. Tout ce qu’on a besoin de savoir sur quelqu’un on peut l’apprendre grâce à son café, par exemple je bois un macchiato et pourquoi ? C’est le café des joies simples comme courir nu dans un champ. Vous savez qui statistiquement et de façon disproportionnée préfère le café amer ? Les psychopathes. Ils aiment la nourriture amère et c’est un fait scientifique, alors que moi je vous dirais qu’il n’y a absolument rien de profond dans l’amertume.

… Allez vous faire foutre Price ! AAAA-ALLEZ VOUS FAIRE FOUTRE !
Bon Dieu Fred il pleure ? Quand vous avez recruté vos démons vous avez passé une annonce dans Lavette Hebdo ou quoi ?

On ne peut pas simplement débarquer à Mordor et couper la clim.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).