Undertaker – Tome 4 – L’ombre d’Hippocrate : Xavier Dorison & Ralph Meyer

Titre : Undertaker – Tome 4 – L’ombre d’Hippocrate

Scénariste : Xavier Dorison
Dessinateur : Ralph Meyer

Édition : Dargaud (24/11/2017)

Résumé :
Gravement blessée, Rose a accepté de suivre L’Ogre de Sutter Camp, alias Jeronimus Quint, dans l’espoir qu’il la soigne.

À leurs trousses, Jonas Crow et Lin, bien décidés à sauver leur amie et à régler une fois pour toutes son compte au monstrueux chirurgien.

Mais comment arrêter un homme dont le génie maléfique lui permet de transformer chaque patient innocent en un complice mortel contre l’Undertaker ?

Critique :
Mon croque-mort préféré est de retour ! Afin de mieux faire durer le plaisir, je l’ai laissé bien en vue sur la table de mon bureau et j’ai tenu bon avant de me jeter dessus.

Il faut dire que le troisième tome nous avait laissé sur un suspense terrible et j’avais cette peur un peu bête que la conclusion de ce diptyque ne soit pas à la hauteur.

Je mérite l’excommunication pour manque de foi !

Dorison, le sadique, a soigné son album en nous servant un scénario aux petits oignons, travaillé en profondeur et toujours avec une dose d’humour.

— On veut jouer au docteur ? Prescription de l’Undertaker : calibre 12 et 45… Quatre le matin… Plus personne le soir.

Son médecin, moitié fou, moitié génie, moitié mégalo (j’ai pas eu tout mes points en calcul, je sais) est un personnage ambigu qui joue sur deux tableaux et je serais bien en peine de dire s’il aurait fallu le tuer de suite ou le laisser continuer à exercer son art de la médecine de cette manière un peu… barbare ? Inhumaine ?

— Ah Rose… Je pourrais vous dire que j’ai vu des dizaines de milliers de morts pour rien et qu’au moins les miens serviront à quelque chose. Que la science sera à mes pieds quand je réussirai ma première greffe. Mais la vérité est que quand les gens vous prennent pour un monstre, il ne vous reste qu’une seule chose à faire… Dépasser leurs attentes !

Le scénariste, dans son côté pervers, nous montre un homme qui a, certes, basculé du côté obscur de la Médecine, mais qui, de par son talent, la fait avancer aussi… Mais de quelle manière ! Il n’hésite pas à casser beaucoup d’œufs pour faire ses omelettes.

— La mère a le pouvoir de donner la vie. Le soldat de donner la mort. Le médecin est le seul a pouvoir donner les deux.
— Pas selon Hippocrate.
— J’emmerde Hippocrate.

Imaginez un type qui a le talent de déduction d’un Sherlock Holmes, ou plutôt, de son modèle, le docteur Bell, qui a le talent de médecin d’un docteur House, le cynisme compris, et à tout cela, vous ajoutez le côté inhumain, horrible, affreux, d’un docteur Mengele…

— Je sais que tout cela vous dépasse un peu… Mais voyez-vous, j’avance dans mes recherches. Ce que je trouve aujourd’hui vous sauvera demain. Bien sûr, les cris d’une femme, c’est toujours difficile à supporter. Eh bien… Dites-vous que c’est une Sudiste !

Un Méchant de l’envergure du docteur Jeronimus Quint ne court pas les rues dans la bédé (et la littérature) et j’avoue que, autant où je l’ai trouvé réussi dans son portrait de type qui fait froid dans le dos, autant j’apprécierais ne plus avoir à me poser les mêmes questions que les autres : faut-il le laisser vivre ou pas ?

Ne répondez pas à la question sans avoir lu le diptyque… même en l’ayant lu, je doute toujours un peu et mon cher Jonas Crow, mon croque-mort d’amour, a lui même hésité, parce que la solution n’est pas aussi simple qu’elle n’y paraît.

— Si vous me tuez, elle meurt. Et avec elle, tous vos petits camarades qui ne bénéficieront plus de mes talents. Avouez que ce serait dommage… Et puis, sans moi, au mieux vous perdez votre jambe. Au pire…

Une nouvelle fois, nous sommes face à un album des plus réussis, aussi bien niveau dessins (je les adore), qu’au niveau de la profondeur des personnages, qui évoluent tous, ou de la justesse des dialogues et du côté sadique machiavélique pour le Méchant.

Une série western qui n’a rien de western de gare écrit au kilomètre, mais qui est réfléchie, poussée, profonde, bien pensée et bien pesée.

— Vrai risque quand tu chasses le monstre… C’est de devenir comme lui.

Mais que nous réservent-ils pour le tome 5 ?

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le challenge US (2017-2018) chez Noctembule., Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le Mois du polar (Février 2018) chez Sharon.

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Le Verger de Marbre : Alex Taylor

Verger de marbre - Alex Taylor

Titre : Le Verger de Marbre

Auteur : Alex Taylor
Édition : Gallmeister (2016)

Résumé :
Beam Sheetmire, dix-sept ans, vient de tuer l’homme qui l’avait agressé. Il n’y a plus qu’à se débarrasser du corps sur les berges de cette rivière du Kentucky.

Vu les circonstances, Beam devrait s’en tirer sans histoires. Mais il découvre que la victime est le fils du caïd local, Loat Duncan, à la fois puissant trafiquant et redoutable meurtrier.

La décision de son père est sans appel : Beam doit fuir, et sur-le-champ.

S’engage alors un diabolique jeu du chat et de la souris où chaque mouvement n’est qu’un pas de plus vers l’enfer.

The Marble OrchardCritique :
Peut-on rester de marbre devant ce verger de marbre ? Non. Pourtant, il n’y a pas plus calme qu’un verger de marbre, ses habitants ayant l’habitude de rester silencieux.

Malgré tout, ce verger ne m’a pas laissé de marbre et son écriture avait l’âpreté et la dureté d’une épitaphe dans un vieux cimetière perdu dans le trou du cul du Kentucky.

Le roman noir rural a le vent en poupe ces derniers temps et il faudra s’attendre un de ces quatre à mettre le pied et les mains dans une bouse, mai rassurez-vous, ce n’est pas encore le cas ici !

Une tragédie grecque à la sauce américaine, voilà ce que je viens de déguster en me reléchant les doigts. Une tragédie à la Caïn et Abel, mais je ne sais si c’est Caïn qui tue Abel ou Abel qui assassine Caïn dans ce cas-ci.

Beam est un ado de 17 ans, qui, comme tous les ados de 17 ans ne pensent pas à grand-chose dans la vie, si ce n’est tirer un coup de temps en temps…

Sa tragédie commencera lorsqu’en pilotant le ferry de ses parents qui fait la traversé sur la Gasping River, il tuera accidentellement un espèce de vagabond qui voulait lui piquer la caisse.

Bah, en temps normal, zigouiller un vagabond évadé n’aurait pas eu de conséquences trop lourdes, mais nous sommes dans une tragédie, donc, ce macchabée n’est autre que le fils du caïd local, Loat Duncan, un trafiquant de drogue, usurier, tricheur, un habitués des bars louches et psychopathe aussi.

D’accord, il n’en avait rien à foutre de son fils, en temps normal, mais là, ne rien dire et ne rien faire mettrait en péril son autorité et puis, il avait quand même un peu besoin de son fils vivant… Du moins, une partie de son fils… Un vrai salaud, je vous dis !

Si le départ de ce roman noir est conventionnel au possible, qu’il pue le déjà-lu, je vous conseille de ne pas vous laisser abuser par cet air connu parce que la suite de la partition n’a rien à voir avec la musique du début !

Si au départ on aurait envie de laisser Beam avec ses soucis tant il a le charisme d’une moule avariée ou de lui coller une baffe tant il sait être têtu au possible et se foutre encore plus dans les emmerdes, au fur et à mesure de sa cavale – qui a tout d’une cavale sans issue – on sentira naître en nous de la sympathie pour ce gamin qui a eu la malchance de naître dans une Amérique rurale minée par le chômage et soumise aux caïds locaux.

Quant à Loat Duncan, le caïd local, il est réussi car c’est un salopard de première classe, tout à l’opposé de Beam qui lui est aussi intelligent qu’un bernacle mort et à un potentiel de séduction d’un poulpe rejeté sur la plage. C’est vous dire que face à Loat, Beam ne fait absolument pas le poids !

Les personnages secondaires ne sont pas en reste non plus et auront leur mot à dire dans toute cette histoire et quand bien même ils auraient un petit rôle, ce sont tous des rôles importants et ils laisseront une trace de leur passage dans les pages et dans votre vie de lecteur.

Quand à l’écriture de l’auteur, elle sait se faire poétiquement noire de temps en temps, mais pour le reste, ça clashe, c’est sec, dur, sans édulcorant pour faire passer le breuvage tiré des fruits du verger dont les personnages boiront le calice jusqu’à la lie.

Le vautour le toisait depuis son perchoir sur un des ormes malades, les ailes déployées en une croix noire, le bout des plumes lustrées formant des dièdres noirs, dans la posture de celui qui impose le silence au monde, son visage rouge noduleux s’agitant frénétiquement.

Et puis, il y a cette relecture de l’histoire tragique de Caïn et Abel… ainsi qu’Abraham prêt à sacrifier son fils, même si ici, papa Clem ne veut pas le sacrifier au couteau mais lui demande de fuir.

Un excellent roman noir rural, même si je n’ai pas retrouvé les émotions de « Rural Noir » car ici, impossible de m’identifier avec l’un ou l’autre personnage.

C’est puissant et ça ne se boit pas au petit-déjeuner car ce genre de petit noir, il arrache !

Normal, on plonge sans masque et sans tuba dans la noirceur humaine…

L’œil a-t-il disparu ? » dit en tremblant Tsilla.
Et Caïn répondit :  » Non, il est toujours là. »
Alors il dit: « je veux habiter sous la terre
Comme dans son sépulcre un homme solitaire ;
Rien ne me verra plus, je ne verrai plus rien. »
On fit donc une fosse, et Caïn dit « C’est bien ! »
Puis il descendit seul sous cette voûte sombre.
Quand il se fut assis sur sa chaise dans l’ombre
Et qu’on eut sur son front fermé le souterrain,
L’œil était dans la tombe et regardait Caïn.
(Victor Hugo – La conscience)

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le  RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires, Une année avec Gallmeister : les 10 ans chez LeaTouchBook et « Le Mois Américain 2016 » chez Titine.

CHALLENGE AMÉRICAIN 2016 - The magnificent seven

CHALLENGE - Gallmeister 10 ans