Elfes – Tome 23 – Le goût de la mort : Olivier Peru et Stéphane Bileau

Titre : Elfes – Tome 23 – Le goût de la mort

Scénariste : Olivier Peru
Dessinateur : Stéphane Bileau

Édition : Soleil (20/03/2019)

Résumé :
Alyana a réveillé les géants qui parcouraient jadis les terres d’Arran. Ces fléaux, insaisissables malgré leur taille, détruisent tout sur leur passage.

Alyana ne reculera devant rien pour les arrêter.

Ses pouvoirs qui ne cessent de grandir la désignent comme la seule elfe capable d’un tel prodige. Mais les autres elfes Blancs ne voient pas sa puissance comme une bénédiction.

Au contraire, la jeune fille les effraie… Beaucoup la considèrent comme un monstre et sont prêts à se dresser contre elle.

Critique :
Alyana m’avait perturbé dans le tome 18 qui était fort dense et difficile à suivre à cause de tout son côté voyage onirique.

Comment rebondir 5 tomes après lorsque revient le tour des Elfes Blancs, dont notre Alyana…

J’avais quelques craintes en ouvrant cet album.

Elles étaient fondées, ces craintes, mais après ma lecture, elles se sont dissoutes.

Entre nous, pour une meilleure compréhension, je me devrais de relire tous les tomes de la saga car ce foutu tome 18 était des plus obscurs et ne s’en sortait que par la présence de l’orkelin nommé La Poisse (que j’adore).

Alyana… Son père, Fall l’Elfe blanc, était un de mes préférés. Mon chouchou.

Mes premiers pas avec sa fille, l’elfe la plus puissante de la congrégation d’êtres aux oreilles pointues avait foiré et fallait récupérer la mayonnaise avant qu’elle ne tourne encore plus.

Ce que l’auteur a fait, d’une certains manière, même si son recours aux cristaux des Elfes est perturbant puisque nous ne savons jamais s’ils sont importants ou pas. Rien n’a été définit pour ces fichus cailloux brillants sources de pouvoir.

Tiens, ça me rappelle que je n’ai pas encore regardé le dernier Avengers, le fameux Endgame, avec Thanos et ses pierres de pouvoir…

Anybref ! J’ai aimé la narration en analepse à un moment précis du récit, j’ai été trompée par certaines choses au départ (et j’aime quand on me trompe, en littérature) et c’était bien vu de la part du scénariste de monter sa narration de la sorte.

On retrouve notre orkelin préféré, La Poisse, toujours aux côtés d’Alyana, qui a bien du mal à se faire entendre des siens qui la craignent car elle a un pouvoir énorme et qui la voient comme un monstre, rien de moins.

Faire s’affronter Alyana et l’Haruspice était une brillante idée, surtout que chacun dit que c’est l’autre qui est un danger pour le monde et que même si l’éradication de l’un par l’autre foutra les Terres d’Arran dans un sacré merdier, on n’a pas le choix, il faut passer par la catastrophe horrible pour éviter une autre catastrophe horrible…

La peste et le choléra vont s’affronter et quoiqu’il arrive, on va bouffer notre pain noir.

Le scénariste est un roublard, il sait jouer avec son lecteur, avec ses perceptions, avec ses pieds et comme je vous le disais, j’adore ça ! Induire le doute, introduire le soupçon, séparer pour gouverner, tant qu’à la fin, moi-même je me demandais de quel maux, Alyana ou l’Haruspice était le moindre.

Mêlant adroitement onirisme, grosses bastons, légende des Titans, l’égoïsme de certains Elfes, leur haine des autres peuples (surtout les verts), le doute des uns, la confiance des autres, l’amour d’une mère, celui d’un père et la création d’une arme absolue dans le passé pour pouvoir l’utiliser au moment opportun, on peut dire que les auteurs ont créé une vague qui risque de fracasser bien des Mondes quand elle retombera.

Si le tome 18 n’était pas dans mes favoris, on peut dire qu’avec le scénario du 23 (et ses dessins), la saga avec l’Elfe Alyana vient de remonter dans mon estime.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°139.

Un pont sur la brume : Kij Johnson

Titre : Un pont sur la brume

Auteur : Kij Johnson
Édition : Le Bélial’ (25/08/2016)

Résumé :
Kit Meinem d’Atyar est peut-être le plus doué des architectes de l’Empire. Peut-être… et tant mieux. Car il lui faudra convoquer toutes ses compétences, l’ensemble de son savoir pour mener à bien la plus fabuleuse réalisation qui soit, l’oeuvre d’une vie : un pont sur le fleuve de brume qui de tout temps a coupé l’Empire en deux.

Un ouvrage d’art de quatre cents mètres au-dessus de l’incommensurable, cette brume mortelle, insondable, corrosive et peuplée par les Géants, des créatures indicibles dont on ne sait qu’une chose : leur extrême dangerosité…

Par-delà le pont… l’abîme, et pour Kit une aventure humaine exceptionnelle.

Critique
♫ Faire un pont ♪ Pour de bon ♪ Lui donner ♫ Ton prénom ♪ Le traverser ♪ Pour t’embrasser ♫ Faire un pont ♪

Si Dick Rivers ne vous tente pas, vous pouvez toujours siffler la musique du film « Le pont de la rivière Kwaï », seul film (ou livre) que je connaissais et qui parlait de la construction d’un pont entre deux rives.

Maintenant, sur mon CV, je pourrai ajouter que je sais comment construire un pont sur une rivière de brume, rivière qui est remplie de trucs pas nets, genre des gros poissons ou des géants que l’on n’a jamais vu, mais qui ont déjà fait chavirer bien des barges.

On ne sait pas d’où vient cette brume épaisse, ni où elle va, ni même s’il y a de l’eau sous la brume, tout ce que l’on sait, c’est que certains il ne fait pas bon naviguer dessus et que cette foutue brume coupe l’Empire en deux !

En peu de pages, l’auteur arrive à nous faire ressentir de l’empathie pour ses personnages, dont les deux principaux, Kit Meinem d’Atyar, l’architecte du pont et Rasali Bac, celle qui aide les gens à traverser ce fleuve de brume qui fait 400 mètres de large.

Une belle histoire d’amour, tout en retenue, tout en douceur, une belle histoire humaine de construction d’un pont qui prend des années, une histoire de défis humains, de stress, de paperasses (et oui, chez eux aussi).

Une belle histoire qui nous montre aussi que la vie dans les deux villages séparés par le fleuve de brume est en train de changer aussi, avec l’arrivée des travailleurs et du fait qu’il ne faudra plus prendre les bacs pour passer d’un côté à l’autre.

Un court roman de SF qui se lit paisiblement, un mojito à la main et où, en plus de voir un pont prendre forme, on voit une société et des personnages se transformer.

Très plaisant. Une petite bouffée d’air frais que j’ai pris grand plaisir à respirer.

 Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

Le tireur : Glendon Swarthout

Titre : Le tireur                                                                                big_4-5

Auteur : Glendon Swarthout
Édition : Gallmeister

Résumé :
Au tournant du XXe siècle, John Bernard Books est l’un des derniers survivants de la conquête de l’Ouest. Après des années passées à affronter les plus grandes gâchettes du Far-West, il apprend qu’il est atteint d’un cancer incurable : il ne lui reste que quelques semaines à vivre.

Les vautours se rassemblent pour assister au spectacle de sa mort, parmi lesquels un joueur, un voleur de bétail, un pasteur, un croque-mort, une de ses anciennes maîtresses, et même un jeune admirateur.

Mais Books refuse de disparaître sans un dernier coup d’éclat et décide d’écrire lui-même l’ultime chapitre de sa propre légende.

Petit Plus : À l’instar de Larry McMurtry avec « Lonesome Dove », Glendon Swarthout signe avec « Le Tireur » un western incontournable. Il a été porté à l’écran par Don Siegel en 1976, avec John Wayne dans son dernier grand rôle (« Le dernier des géants »).

Critique : 
J.B Books est une fine gâchette, un tireur émérite, le roi du six-coups… Pas de chance, c’est justement du côté de son six-coups que ça ne tourne plus rond. Le truc est enrayé, le canon fichu, foutu…

Notre tireur ne tirera plus les dames avec sa Chose car le cancer de la prostate lui ronge les entrailles. Malgré tout, il veut rester digne.

Je ne céderai pas. Je ne parlerai à personne de ma situation douloureuse. Je garderai ma fierté. Et mes revolvers chargés jusqu’à la dernière minute.

Nous sommes en 1901, la reine Victoria a cassé sa pipe en Angleterre et nos derniers survivants de la Conquête de l’Ouest commencent à sentir la naphtaline. Le monde change et ce monde n’a plus besoin de ces fines gâchettes.

— Ça doit faire longtemps que vous n’avez pas regardé un calendrier, Books. On est en 1901. Les jours anciens sont morts et enterrés et vous ne le savez même pas. Vous pensez que cette ville est juste un endroit comme les autres où faire régner une terreur de tous les enfers. Un enfer, c’en est un. Bien sûr qu’on encore des saloons, des filles et des tables de jeu, mais on a aussi l’eau courante, le gaz, l’électricité et une salle d’opéra, on aura un tramway électrique d’ici l’année prochaine et on parle même de paver les rues. On a tué le dernier crotale dans El Paso Street il y a deux ans, dans un terrain vague.

Voilà un western comme je les aime : nous sommes loin des coups d’éclats, des attaques de diligence et autres faits qui font du western ce qu’il est. Ici, c’est la vie d’un homme sur le déclin, un homme qui a été une légende et qui l’est toujours, mais qui dans quelques semaines, ne sera plus qu’une loque pétrie de douleur. D’ailleurs, les douleurs sont déjà là et se lever du lit est pénible.

Ce que j’ai aimé, c’est l’écriture, simple mais belle, sans bla-bla inutiles, mais qui va droit au but. Paf, ça te tire une balle dans l’estomac et tu dégustes l’affaire à petit feu. C’est court, c’est bref, c’est intense et malgré ses 200 pages, ce roman est plus épais que certains qui en feraient le double. Il n’est pas long mais il est profond…

C’était terminé. Les rugissements des armes s’atténuèrent, puis se turent. Pendues au plafond par leur tige, les pales des quatre ventilateurs tournaient, agitant le chaudron de fumée noire. Le bruit qu’elles émettaient, l’unique bruit dans la pièce, n’était plus celui d’un souffle, d’une respiration discrète et régulière. Elles soupiraient. Elles semblaient pousser un soupir interminable, un chant funèbre et électrique pour le repos des morts en dessous d’elles.

Nous sommes face à la mort d’un homme et nous voyons défiler devant lui tout ce que la ville compte de margoulins, prêt à tout pour se faire du fric sur cette légende en train d’agoniser, cet homme qui ne sait même plus pisser, cet homme qui se fait ronger par le crabe de manière inexorable.

Ça va du journaliste en quête de scoop ou d’un livre à écrire, au croque-mort et à l’antiquaire, en passant pas son ex-copine et le barbier. Tout le monde veut faire du fric sur la mort de cette légende qui tirait plus vite que les autres.

J’ai eu de bons moments. Mais les meilleurs instants étaient toujours après, juste après, le revolver chaud dans la main, la morsure de la fumée dans mes narines, le goût de la mort sur ma langue, le cœur haut dans la gorge, le danger derrière moi, et puis la sueur soudaine et le néant, et la sensation douce et fraîche d’être né.

Les personnages sont profonds, certains vont même changer, passant de la haine au respect ou du respect à la haine.

La mort rôde, mais notre tireur veut rester digne et écrire sa propre histoire. On a beau se douter de l’issue fatale, on ne reste pas moins attaché à cet homme qui a choisi sa vie et refuse qu’on ne voit en lui qu’un assassin.

— Ce n’est pas d’être rapide, qui compte, c’est d’avoir de la volonté ou pas. C’est là toute la différence : face au mur, la plupart des hommes n’ont pas de volonté. Je m’en suis rendu compte très tôt. Avant d’appuyer sur la détente, ils cillent ou prennent une inspiration. Pas moi.

J’ai encore un peu mal au bide de la balle que je me prise et dans ma tête, le final s’est rejoué plusieurs fois, avec une précision de chirurgien parce que l’auteur te décrit tout, même les dégâts qu’une balle fait en traversant ta petite tête. C’est réaliste, noir, glaçant.

Un roman court, fort, puissant, profond, avec des odeurs de mort, de poudre et aussi l’odeur du changement. Un autre siècle s’est ouvert et les États-Unis commençaient à changer de visage.

— La fin d’une ère, un coucher de soleil. Vous êtes l’unique survivant, Monsieur Books, et nous vous en sommes reconnaissants – enfin quoi, votre réputation est connue à travers tout le pays… Un personnage haut en couleurs comme vous fait figure de héros pour les gars de là-bas. A New York, Boston, Philadelhie, Washington…

Le glas de la Conquête de l’Ouest venait de sonner, annonçant le crépuscule de ces années de folie et de duels devant le saloon du coin.

Ils étaient pareils à des acteurs sur une scène vide, tous les cinq. Le rideau s’était levé, l’heure était venue. Mais ils n’avaient aucun public, à l’exception d’eux-même, et plus déconcertant encore, ils n’avaient aucune pièce à jouer. Ils étaient rassemblés là afin de jouer des rôles pour lesquels aucune réplique n’avait été écrite, afin de participer à une tragédie qui ne dissimulait aucune intention créative évidente, afin d’imposer un ordre meurtrier dans cette absurdité.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « La littérature fait son cinéma – 4ème année » chez Lukea Livre, « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et « Le Mois Américain » chez Titine.

CHALLENGE - Mois Américain Septembre 2014