Bal tragique à Windsor – Sa Majesté mène l’enquête 01 : S.J. Bennett

Titre : Bal tragique à Windsor – Sa Majesté mène l’enquête 01

Auteur : S.J. Bennett
Édition : Presses de la cité (06/05/2021)
Édition Originale : The Windsor Knot (2021)
Traduction : Mickey Gaboriaud

Résumé :
Windsor, printemps 2016. La reine Elizabeth II s’apprête à célébrer ses 90 ans et attend avec impatience la visite du couple Obama.

Mais au lendemain d’une soirée dansante au château, un pianiste russe est découvert pendu dans le placard de sa chambre, quasiment nu.

Shocking ! Quel scandale si la presse l’apprenait ! Lorsque les enquêteurs commencent à soupçonner son fidèle personnel d’être impliqué dans cette sordide affaire, Sa Majesté, persuadée qu’ils font fausse route, décide de prendre les choses en main. Mais être reine a ses inconvénients, et notamment celui de ne pas passer inaperçue.

C’est donc Rozie Oshodi, sa secrétaire particulière adjointe, une brillante jeune femme d’origine nigériane, qui va l’aider à démêler ce sac de noeuds en toute discrétion…
God save the Queen du cosy crime !

Critique :
Ce roman ne faisait pas partie de mes envies de lecture, d’ailleurs, j’avais passé outre en librairie.

C’est mon père qui, le voyant dans une brocante, me l’a acheté pour une bouchée de pain et me l’a ensuite offert, se disant que j’apprécierais le cadeau.

Bon, ce n’est pas ma came, ni mon genre de prédilection, mais ma foi, puisqu’il avait osé prendre le risque de m’offrir un livre, je l’ai ouvert et c’est avec une pointe de regret que je l’ai terminé, laissait Sa Majesté à Windsor.

Comme quoi, mon père ne s’était pas si trompé que ça : j’ai apprécié ma lecture.

M’attendant à une lecture légère et frivole, j’ai été fortement étonnée lorsque l’on a parlé de politique, d’espionnage, de Poutine et de ses exécutions de dissidents.

M’attendant à une enquête simpliste où je ne croiserai que peu de fois la reine Elizabeth, puisque qu’il était dit que c’était Rozie Oshodi, sa secrétaire particulière, qui enquêtait, j’ai été scotchée par les ramifications que ce décès prenait et par le fait que Lilibeth était très présente !

Pas besoin d’avoir eu un abonnement à Point De Vue Images Du Monde pour s’immerger dans la vie à la cour anglaise et se rendre compte que le personnage de Elizabeth II était plus que conforme à la réalité, bien que je n’aie jamais été convié à un Dine-and-sleep chez elle, encore moins à boire du thé.

Sans vouloir être plus royaliste que la reine elle-même, j’ai apprécié cette immersion dans le château de Windsor et dans la vie de la reine. L’auteure met très bien en scène The Queen et, sans jamais parler des multiples scandales, elle est arrivée à lui donner de l’épaisseur, une présence certaine et à donner l’impression que cette affaire avait réellement lieu.

Si vous cherchez du rythme trépidant, faudra aller voir ailleurs, le récit va à son rythme, adoptant un train de sénateur qui ne m’a pas déplu puisque je n’ai jamais baillé une seule fois et que j’ai même dévoré ce roman.

Pas moyen de savoir qui avait fait le coup, même si j’avais un léger soupçon, je me posais encore bien trop de questions. L’auteure est allée plus loin qu’un simple colonel Moutarde avec la corde, dans la chambre . Sans pour autant révolutionner le policier, elle a au moins pris la peine d’aller plus loin que le classique habituel et déjà trop vu.

Une lecture rafraichissante, agréable, so british au possible. Je n’attendais rien de cette lecture, si ce n’est de l’ennui ou des futilités et tout compte fait, j’ai été agréablement surprise et c’est un bon moment de lecture sans prise de tête que j’ai passé, même si j’ai fait tourner mes petites cellules grises afin de défaire ce foutu nœud de Windsor !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°11], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°74], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°69] et Le challenge « British Mysteries 2021 » chez MyLouBook.

 

La mort d’une sirène : A. J. Kazinski et Thomas Rydahl [LC avec Bianca]

Titre : La mort d’une sirène

Auteurs : A. J. Kazinski et Thomas Rydahl
Édition : Robert Laffont La bête noire (15/10/2020)
Édition Originale : Mordet på en havfrue (2019)
Traduction : Catherine Renaud

Résumé :
Copenhague, 1834.

Le corps mutilé d’une jeune prostituée est retrouvé dans le port. La soeur de la victime croit pouvoir immédiatement désigner le tueur : Hans Christian Andersen, jeune écrivain en devenir qu’elle a vu quitter la maison de passe la veille.

Ravie de tenir un coupable, la police le jette en cellule dans l’attente de son exécution programmée. Mais grâce à ses relations, Hans Christian obtient d’être libéré pour trois jours, durant lesquels il devra mener ses propres investigations et livrer le véritable meurtrier aux autorités.

Sa quête de la vérité le conduira dans les dédales d’une ville ravagée par la pauvreté, les tensions sociales, la corruption et les crimes sordides…

Un thriller historique haletant qui offre une version inattendue de la genèse de La Petite Sirène, avec le célèbre Hans Christian Andersen en enquêteur malgré lui.

Critique :
Lorsque l’on me parle de sirène, d’office je pense à Arielle, celle des studios Disney, bien que je n’ai jamais vu ce dessin animé… C’est vous dire la force de leur matraquage au moment de la sortie…

Honte à moi aussi, je n’ai jamais lu le conte d’Andersen…

Puisque ce polar édité chez La Bête Noire me proposait l’histoire de ses origines, je n’ai pas hésité une seconde, surtout que Bianca m’a proposé une LC.

Destination du jour : Copenhague ! Date ? 1834…

La première chose qui frappe dans ce polar, c’est l’atmosphère, qui a vraiment la gueule de l’emploi car les auteurs n’ont pas lésiné sur les décors grandeurs natures, sur les ambiances de l’époque, sur les conditions sociales et entre nous, il ne manquait que les odeurs pour se sentir encore plus dans le Copenhague de 1834.

Andersen va devoir se transformer en enquêteur s’il ne veut pas perdre la tête sur le billot puisqu’il est accusé du meurtre d’une prostituée. Nous savons que ce n’est pas lui, mais le commissaire, lui, il s’en fout. Problème : Andersen n’a rien d’un Sherlock Holmes, d’un Hercule Poirot ou d’un Columbo…

En voyant marcher de grand échalas maladroit de Andersen, j’ai même pensé qu’il avait tout d’un Pierre Richard et qu’il était aussi discret et invisible qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine.

N’ayant rien d’un héros, Hans Christian Andersen, malgré ses défauts énormes, a tout du personnage sympathique, sorte de looser malheureux sur qui tous les merdes du monde viennent de tomber, une fois de plus. Pour l’aider dans sa quête de la vérité, Molly, prostituée de son état et sœur de la victime.

Sans être d’un rythme effréné, ce polar historique se dévore en peu de temps, ses 560 pages passant comme pour rire. Par contre, je l’avoue, j’ai sauté quelques passages horribles (les découpages de nichons et l’ablation de la patte du chaton – mais foutez la paix aux chats, nom de Zeus !) alors que je n’ai sauté aucune ligne dans l’archipel du goulag…

Il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark, un sordide assassin de femmes, qui les découpe, qui joue à la science sans conscience.

Mais le sordide n’est pas que chez l’assassin, il est aussi dans les taudis où des gens crèvent de faim, de froid, de misère, où les femmes vendent leur corps pour survivre, où les gosses travaillent dès leur plus jeune âge, où l’on vole et tue sans pitié pour tenter de sortir un peu de la merde.

Mais la merde est aussi dans des bas de soie : ceux de la maison royale, ceux de la bourgeoisie, de la noblesse. Si les pauvres ont encore des circonstances atténuantes, les riches n’en ont plus du tout et les voir ainsi se vautrer dans la nourriture et la débauche me conforte dans ma pensée : ils ne sont pas mieux que nous !

Sans juger aucunement les personnages, les auteurs nous les présentent tels qu’ils étaient à l’époque, sans manichéisme aucun, sans parti pris et même l’assassin a des tourments profonds.

Si l’atmosphère bien décrite est une des clé du roman, si les personnages travaillés et sans manichéisme font la force du récit, le mortier qui les fait tenir est le scénario qui n’a rien d’un truc bricolé le dimanche matin, mais est travaillé, étayé, intelligent, original, bien pensé et il tente d’apporter de la lumière sur l’année blanche (1934) qui se trouve dans les journaux d’Andersen.

Un polar historique bien conçu, bien foutu, où les auteurs n’hésitent pas à plonger leurs lecteurs dans des ambiances réalistes de misère humaine, sans jamais en faire trop, racontant juste ce qu’il en était en ces époques pas si lointaines. Un polar qui se dévore sans modération et qui comporte bien des émotions.

La genèse romancée mais originale d’un futur conte, des personnages attachants, sympathiques, des anti héros, bourrés de défauts et qui n’ont rien d’enquêteurs hors pair, ce qui les rend encore plus humain.

Bianca me rejoint dans ma chronique, même si elle a eu plus de peine que moi avec le début qu’elle a trouvé manquant de rythme et qu’Andersen avait un pète au casque (elle a raison, il a un pète au casque !). Comme quoi, nos avis divergent un peu et si vous voulez tout savoir, suivez le lien vers sa chronique.

PS : Un polar historique écrit par trois auteurs, en plus (sous le pseudo de A.J. Kazinski se cachent deux auteurs danois).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°176] et le Mois du Polar – Février 2021 – chez Sharon [Fiche N°02].

Son Espionne royale – Tome 1 – Son Espionne royale mène l’enquête : Rhys Bowen

Titre : Son Espionne royale – Tome 1 – Son Espionne royale mène l’enquête

Auteur : Rhys Bowen
Édition : Robert Laffont La bête noire (06/06/2019)
Édition Originale : Her Royal Spyness (2008)
Traduction : Blandine Longre

Résumé :
Sa première mission royale : espionner le prince de Galles.

Londres, 1932.

Lady Victoria Georgiana Charlotte Eugenie, fille du duc de Glen Garry et Rannoch, trente-quatrième héritière du trône britannique, est complètement fauchée depuis que son demi-frère lui a coupé les vivres. Et voilà qu’en plus ce dernier veut la marier à un prince roumain !

Georgie, qui refuse qu’on lui dicte sa vie, s’enfuit à Londres pour échapper à cette funeste promesse de mariage : elle va devoir apprendre à se débrouiller par elle-même.

Mais le lendemain de son arrivée dans la capitale, la reine la convoque à Buckingham pour la charger d’une mission pour le moins insolite : espionner son fils, le prince de Galles, qui fricote avec une certaine Américaine…

Critique :
Londres, 1932… Lady Victoria Georgiana Charlotte Eugenie, fille du duc de Glen Garry et Rannoch a non seulement un nom à rallonge, mais en plus, elle est 36ème dans l’ordre de succession au trône d’Angleterre !

Ah pardon, elle me précise qu’en fait, elle a le dossard N°34.

Ça fait une sacrée longue queue devant elle pour aller sur le trône (je ne ferai pas de jeu de mots scatologique mais je n’en pense pas moins).

À moins d’une hécatombe d’accident de chasse et de suicide à coup de couteau dans le dos, Gorgie n’ira jamais poser son fessier royal sur le trône. Et ça l’arrange farpaitement. Parfaitement.

L’inconvénient des nom à rallonge et d’être l’arrière-petite-fille de la reine Victoria, c’est que vous êtes limitée en liberté et que l’on veut vous caser avec tous les potentiels héritiers à couronne (dentaire) du monde.

Georgiana ne le voit pas comme ça, elle aimerait travailler, avoir son indépendance financière et épouser un homme qui l’aimerait, qu’elle choisirait et pas un héritier du trône de Roumanie ou du Boukistan. Lorsqu’elle va monter à Londres, les ennuis vont commencer…

Nous ne sommes pas dans de la grande littérature mais plutôt dans celle qui fait du bien, celle qui vous détend mieux qu’un bain chaud, qui vous fait sourire, qui vous fait pester sur l’héroïne parce qu’elle n’a pas encore compris ce que vous, vous soupçonnez.

C’est une intrigue gentille, même si on a un cadavre et des tentatives d’assassinats, une intrigue rythmée, amusante, qui fait souvent sourire. Georgiana est une personne attachante, qui ne manque pas d’air et de cojones dans ce monde de mâles aristos qui pensent que le Monde tourne autour de leur nombril.

D’ailleurs, les aristos qui gravitent dans ces pages le sont jusqu’au bout des doigts de pieds ! Ils se prennent pour le centre du Monde et ne voient jamais le petit personnel qui trime pour que Ses Seigneuries restent les pieds au chaud dans leur belle demeure.

Malgré le côté fictionnel de ce roman, des personnages ayant réellement existé sont inclus dans l’histoire, comme une certaine Wallis Simpson… Nous savons comment tout cela finira…

Mon seul bémol sera pour le fait que la période des années 30 ne soit pas vraiment mise en avant, à tel point que je me suis souvent surprise à me demander pourquoi elle ne consultait pas Google… Oups !

Alors que dans un Paul Doherty je me sens vraiment en 1377, ici, je ne me suis pas toujours vraiment sentie en 1932. L’auteur aurait peut-être du mettre plus l’accent sur les ambiances années 30. Mon bémol est minime, ça ne m’a pas empêché de prendre plaisir à lire cette folle aventure.

Un roman policier cosy mystery amusant, espiègle, drôle, envolé, léger. Si l’intrigue n’est pas complexe, elle est néanmoins bien présentée et nous donnera notre dose de suspense pour la journée, sans pour autant nous donner une montée d’adrénaline.

Le genre de roman à lire juste pour le plaisir de la détente, les doigts de pieds en éventail, une tasse de thé non loin et quelques crumpets ou autres scones à portée de main.

Ceci n’est pas de la grande littérature policière mais si son but est de détendre le lecteur, de lui apporter une touche d’humour sans prétention aucune et des personnages amusants, alors il est atteint (Tarte Tatin ?).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°273 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

La dernière victime : Emmanuel Ménard

Titre : La dernière victime                                                         big_3-5

Auteur : Emmanuel Ménard
Édition : Le masque (1992) CyLibris (2002)

Résumé :
Le 31 août 1888 débute dans les bas-fonds de Londres, dans le quartier de Whitechapel, une des plus célèbres affaires criminelles au monde.

En l’espace de quelques mois, la mort de quatre prostituées, retrouvées horriblement mutilées, fait surgir la figure diabolique de Jack L’Éventreur, la terreur de l’East End, dont l’identité est encore à ce jour demeurée mystérieuse.

Depuis cet automne de 1888, les hypothèses les plus folles se sont succédé… Complot franc-maçon, rejeton royal sombré dans la folie, médecin de la reine cherchant à venger la mort de son fils syphilitique, toutes les pistes ont été suivies…

Sans résultat, et pour cause, ainsi que vous pourrez le découvrir ici en côtoyant tous les acteurs de ce drame, du chef de la police londonienne, sir Charles Warren, à un jeune auteur de romans de détection, un certain médecin du nom de Conan Doyle…

Critique : 
The return of Jack The Ripper ! ♫ Tonton Jack est revenu ♫ Du sang, des viscères, comme on en avait jamais vu ♪

Non, non, il n’est pas « revenu » au sens premier du terme, c’est juste moi qui ait lu beaucoup sur lui ce mois-ci, dont un pas plus tard que le lundi 15 juin.

Là, je suis contente de ma lecture, pas de dégommage de roman en règle, pas de tir au bazooka sur un auteur qui tenterait à l’aide d’hypothèses foireuses ou capillotractées de nous faire croire que l’affaire est classée car il (elle) l’a résolue.

Nous sommes face à de la fiction, mais avec des personnages connus puisque nous croiserons Arthur Conan Doyle, médecin écossais qui a écrit un roman avec une sorte de détective appelé Sherlock Holmes (marchera jamais, mdr), le fameux incompétent Sir Charles Warren (chef de la police de Londres), l’inspecteur Abberline, Sa Très Gracieuse Majesté, etc.

— Ce général Warren, fit Elizabeth, tout gentleman qu’il est, me paraît fort incompétent.
— Je ne suis pas d’accord, s’écria Hallward émergeant de son mutisme. Warren n’a rien d’un gentleman.

Ici, les descriptions des meurtres, tout en étant véridiques, sont tout de même édulcorées, vous ne devrez pas lire les rapports d’autopsie (zut alors), ce qui fait que les âmes sensibles pourront le lire sans défaillir.

Les descriptions de l’East End ne sont pas détaillées comme dans les autres romans qui avaient tout du roman noir, mais l’accent est plus mis sur la psychologie des gens.

Nous avons tout d’abord le reflet des mœurs et des pensées de l’époque : pas de femmes dans la police; les meurtres ne peuvent être que des actes d’étrangers, jamais un anglais de ferait ça; le colonialisme, c’est bon pour les peuples parce qu’ils faut bien les civiliser, ces sauvages; quand à l’esclavage, c’est pas mauvais pour la santé, enfin !

Sans oublier que tous ces gens bien pensant des beaux quartiers se fichaient pas mal des gens qui vivaient dans « l’abîme » (l’East End), étaient tout à fait d’accord et heureux lorsque Sir Charles Warren fit charger 20.000 chômeurs par les policiers, déclenchant un Bloody Sunday…

Les gens riches et aisés se moquaient bien de la misère noire qui régnait dans certains quartiers et après deux meurtres sanglants, les voilà qui veulent jouer les bons samaritains. Hypocrisie, quand tu nous tient.

—[…] Depuis la mort de Mary Nichols, tout le monde, et notamment les gens aisés de Londres, s’aperçoivent que durant des années, ils ont côtoyé avec un mépris souverain une misère noire qui les dérangeait parce qu’elle était devant leur porte. Et pour rattraper des décennies d’hypocrisie, tout le monde s’émeut brusquement, clame la misère de l’East End, et veut apporter son écot pour améliorer la situation de Whitechapel. Ceux là même qui applaudissaient Warren quand il fustigeait « la racaille » sont les premiers à vouloir jouer les bons samaritains. Quel qu’ait été le but de Jack l’Éventreur, il aura au moins réussi à nous ouvrir les yeux sur la situation de l’East End ! D’après mon ami, tel a peut-être été toujours été le mobile de l’assassin.

Avec un style tout ce qu’il a de plus classique dans l’écriture, l’auteur nous entraine dans les rues de Whitechapel ainsi que dans l’enquête sur le fameux Jack menée par un pair du royaume : Lord Edward Ashley.

Œuvre de fiction, donc, pas de coupable ayant une existence réelle, mais tout de même bien trouvé. J’ai entrevu la vérité peu de temps avant Edward et je me suis demandée comment l’auteur allait meubler les 60 dernières pages.

Pas de panique, elles furent bien meublées et j’en suis restée ébahie. Purée, c’est vache un coup pareil mais bien pensé. Juste un léger bémol : tenir autant de gens dans le secret n’est pas très réaliste parce que les gens, ça parle !

Mention très bien pour un blackmailer qui, malgré toute ses exactions m’est resté sympathique jusqu’au bout.

Un bon roman fictionnel sur Jack The Ripper, sans trop de sang ou de boyaux, sans les théories fumeuses habituelles, avec une enquête bien ficelée, brillante et des personnages sympathiques et réels (pour certains).

Ça fait du bien après les spéculations orientées de madame Patricia Cornwell…

Challenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015), Challenge « Polar Historique » de Sharon, Challenge « Victorien » chez Camille, Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Prix du Roman Policier du festival de Cognac 1992) et le Mois Anglais (Juin 2015) chez Titine, Lou et Cryssilda.

La Tour Noire : Louis Bayard

Titre : La tour noire

Auteur : Louis Bayard
Édition : Pocket (1 septembre 2011)

Résumé : 1818. Louis XVI et Marie-Antoinette ont été guillotinés, Napoléon a été exilé et les Bourbons sont revenus au pouvoir.

La France, de nouveau, porte la couronne. Mais dans les rues de Paris, trente ans de chaos ont laissé des traces – et c’est un ancien forçat, habitué des bas-fonds, qui dirige la Sûreté : François Vidocq.

Un as de l’investigation auquel le jeune Hector Carpentier, docteur en médecine, emboîte vite le pas : il faut dire qu’il en va de sa vie, mais également de l’avenir des Bourbons, dont l’un des membres, disparu en 1795, pourrait bien revenir d’entre les morts…

Voici donc notre jeune étudiant un peu naïf mais néanmoins perspicace entrainé à la suite de Vidocq dans les méandres de l’histoire et de la royauté.

L’enquête va les mener sur les traces du Dauphin, le petit Louis XVII (serait-il véritablement mort ?) et par la même occasion sur le passé du père d’Hector…

Critique :

Noté, sur la couverture : « Elu meilleur thriller de l’année par le Washington Post ». Rien que cela ? Sceptique (mais pas comme la fosse), je demande à voir par moi-même et pour cela, je dois le lire.

Oulà, mais que lis-je ? L’auteur est journaliste au Washington Post ! Oups, n’y aurait-il pas un manque  d’impartialité ? Pour ne pas dire que le juge était partie… Moi, je trouve que oui.

Pour conclure (et pas dans le foin), nous sommes loin du « meilleur thriller historique » annoncé sur la couverture (ou alors je n’ai pas la même notion de « thriller » que l’éditeur…).

Attention, je n’insinue pas que le roman est de la daube, mais n’ayant pas lu TOUS les thrillers de l’année, je ne puis vous garantir qu’il soit bel et bien « le meilleur de l’année ». En tout cas, il fait partie des « bons thrillers », ça c’est sûr.

Le livre commence par un petit rappel de l’histoire, ce qui est très utile et nous communique l’arbre généalogique de la famille royale française, qui, comme toutes les familles royales, est souvent très complexe. Ici, il est limité aux derniers.

Chapitre premier, consacré à un récit qui se passe en l’an II. Récit sortit tout droit d’un carnet de note d’un homme qui nous décrit les conditions de détentions inhumaines d’un prisonnier.

Ensuite, nous passons à l’histoire proprement dite qui se passe en 1818, durant la période appelée « Restauration ».

Diable, c’est quoi déjà cette période ? Désolé, mais en Belgique, on n’apprend pas l’Histoire de France.

Ah oui, c’est cette période où les français, après avoir viré leur roi Louis XVI, après lui avoir fait perdre la tête (sans mauvais jeu de mot), ont vécu sous la botte d’un Empereur avant de lui demander d’aller se faire voir ailleurs et de reprendre un roi, Louis XVIII.

Varions les plaisirs, comme je dis toujours…

Tiens, mais il est où le Louis numéro XVII ?? C’est ce que le livre va nous expliquer.

Dans ce roman, deux personnages principaux. Tout d’abord, le jeune Hector Carpentier, sorte d’étudiant en médecine qui passe son temps à l’université pour rédiger une monographie et d’autre part, François Vidocq, chef de la Sureté et ancien forçat. Tout les oppose.

Autant le premier est timoré, n’osant rien faire, vivant chez sa môman parce qu’il a dilapidé tout l’héritage paternel pour une pouffiasse.

Autant le second est un personnage truculent, avec de la gouaille à revendre et s’impose face au jeune Hector. Vidoq manie les mots et le verbe, n’a peur de rien, sait user des déguisements avec maestria (une sorte de Holmes en moins bien éduqué, version « bandit et gueux ») et sait comment interroger les gens pour leur tirer les vers hors du nez.

Quel est le rapport entre Hector et le meurtre du sieur Leblanc ? C’est ce que je me suis demandée d’entrée de jeu. Nous le saurons au fil de la lecture.

Voilà nos deux hommes lancés sur une enquête qui va les mener sur la piste du dauphin qui ne serait pas mort dans la prison de la Tour Noire.

Le récit nous est conté par Hector lui-même, entrecoupé de temps en temps par le récit de l’homme qui nous parle de ce mystérieux prisonnier dont je ne doutai pas un instant de son identité. Conditions de détentions atroces, pires que tout.

Ce livre m’a conforté dans deux points : le premier, c’est que les hommes qui ont fait la révolution en dénonçant les conditions atroces ou ignobles dans lesquelles leurs rois traitaient leurs semblables et en hurlant « plus jamais », commettent les mêmes atrocités qu’eux. Et on peut toujours chanter « Non, non, rien n’a changé, tout, tout à continué, hé hé ».

Deuxièmement, c’est que la connerie humaine est comme l’espace, infinie (et encore, on a un doute pour l’espace).

Voilà les Français qui, après avoir viré leur roi et pris un empereur, ont dû supprimer toutes les références à la fleur de Lys des Bourbon, pour passer aux abeilles et à l’aigle de Napo.

Ensuite, rebelote, on supprime les abeilles et l’aigle pour repasser à la fleur de lys. Et le coût de toute cette connerie ? Parce qu’il fallait changer tout le service ! Et gare à celui qui aurait conservé un vestige de l’Ancien régime, quel qu’il soit, quand il ne le fallait pas.

Ça à l’air bête, mais je ne le savais pas, c’est le livre qui me l’a appris. Petite leçon d’histoire…

Imaginez que vous deviez encore faire pareil après chaque changement de président… Après avoir bouffé la soupe à la grimace dans les assiettes à l’effigie du Nain Nerveux, vous deviez tout changer pour un service à la tête de Flamby…

Heureusement, vos dirigeants ne se penchent plus sur vos assiettes. Enfin, quoique… du moins, ils ne se préoccupent pas de la déco de vos assiettes. C’est déjà ça.

Mais je m’égare !

L’enquête de nos deux hommes avance à grands pas et arrive le troisième personnage. Est-il le dauphin ? Vous vous poserez la question, tout comme moi.

Ce personnage est tout en naïveté, tout en innocence. Il m’a touché. Et quand, de retour avec Hector dans la pension de famille que tient sa mère, un des étudiants l’attaquera verbalement, se moquant de lui (personne, hormis Vidocq et Hector ne savent qui il pourrait peut-être être vraiment).

Mais tout naïf qu’il est, ne connaissant pas la méchanceté, il lui répondra de manière candide, lui clouant le bec puisqu’il ne s’énervera pas.

Réussite totale de ce personnage qui parvient à vous toucher sans devenir gnangnan.

Réussite aussi du personnage de Vidocq. Sans jamais avoir vu une seule série télévisée ou un film sur lui, je voyais Gérard Depardieu devant moi. Il avait vraiment le style (je précise que je fais abstraction de l’affaire du passeport Russe et de l’exil fiscal Belge pour cette critique).

Réussite aussi du livre, qui, d’un meurtre, remonte l’Histoire et plonge dans un de ses Mystères. Pas de temps morts, ou si peu. Pas trépidant, mais très plaisant.

J’ai aimé le récit qui alterne entre l’époque d’Hector (la Restauration) et celle de son père (la révolution).

 J’ai bien aimé aussi la découverte, au fil de ma lecture, des nombreux encarts issus du carnets de notes du père d’Hector, médecin de la famille royale. Ces encarts, intrigants et déroutants au début, finiront par donner tout son sel au récit.

De plus, le personnage d’Hector va évoluer au contact de Vidocq pour finir plus apaisé, plus mûr, plus mature. Hector finira par se libérer au contact de Vidocq.

Beaucoup de questions en lisant ce livre et une seule envie : que ce soit lui.

Le final m’a laissé sur le cul !

Lu dans le cadre des challenges « Polar Historique » de Samlor et « Thrillers et polars » de Liliba.