Killarney 1976 : Joël Macron

Titre : Killarney 1976

Auteur : Joël Macron
Édition : AFNIL (20/07/2018)

Résumé :
Tu le sais, je dois repartir… mon pays est au bord de la révolution. Shariati a besoin de moi. Nos visiteurs ont certainement voulu nous avertir, nous mettre en garde contre la folie de notre civilisation…

Je ne sais quelles sont leurs intentions exactes, mais je pense qu’ils savent ce qu’ils font.

Tu es le dépositaire de tous ces secrets : je sais que cela t’a semblé impressionnant, et que tu te demandes toujours quoi faire de toutes ces informations : garde les précieusement, en toi.

Garde aussi ce cahier avec tes notes précieuses : il te servira un jour, dans très longtemps.Je devine ta question en écrivant : mais quand ?

Voici ma réponse, en persan :شما می توانید این جمله را ترجمه کنیدهنگامی که

Critique :
Il est dit qu’à cheval donné, tu ne regarderas pas les dents, mais bon sang, messieurs dames les éditeurs ou vous, auteurs auto-édités, si vous voulez que les lecteurs aient envie de lire vos livres, ne leur envoyez pas des formats PDF, par pitié !

Certes, je remercie les éditions AFNIL et NetGalley d’avoir donné de suite une réponse favorable à ma demande, mais si j’avais été plus attentive et vu que le format du livre était du PDF, j’aurais passé mon chemin car si transformer le PDF en Epub lui a donné une meilleure allure, c’était toujours une catastrophe niveau mise en page et horrible à lire.

Heureusement que j’ai un Superman dans mes contacts et qu’il m’a gentiment arrangé le brol afin que la mise en page soit digne de ce nom et que je puisse lire sans m’esquinter les yeux.

Heureusement d’ailleurs, parce que sans son travail de mise en page, je n’aurais pas dépassé la page 12 tant le début de l’histoire me semblait lourd, laborieux et insipide.

Cela aurait eut été une erreur de l’abandonner car après ce départ sous de mauvais auspices, le reste du récit s’est révélé bien plus intéressant et l’histoire d’amitié entre Joël, un jeune français faisant ses armes à Killarney, Irlande et Mano, un Iranien qui est un spécialiste de physique nucléaire, était instructive.

L’Iran et le nucléaire, une vieille histoire qui est toujours d’actualité et dont j’avais eu un petit aperçu dans « J’irai tuer pour vous »… L’Iran du Shah, que je n’ai pas connu, celle d’un certain Khomeiny, celle du conflit avec l’Irak, où j’étais trop jeune. Voilà de quoi réactiver un peu les souvenirs que j’ai de ces faits que je n’ai pas connu mais appris plus tard.

L’article revient sur les fastes du régime du Shah, notamment sur les fêtes de Persépolis, dont le spectacle grandiose avait été retransmis à la télévision en eurovision pour célébrer les 2500 ans de l’Empire Perse. Le coût de cette manifestation, alors qu’une bonne partie du peuple vivait dans des conditions matérielles difficiles, avait contribué à rendre le Shah impopulaire. Le journaliste s‘interroge sur les conséquences du déclin du régime, et sur la montée des groupes d’opposition au rang desquels figurent des religieux.

L’Iran, un pays qui fascine et que Mano va nous décrire avec peu de mots mais tellement d’émotions que bizarrement, on aurait envie d’aller arpenter ses montagnes. Dommage que ce pays si important, historiquement parlant, en soit réduit à ce qu’il est maintenant, quel qu’en ai été ses fossoyeurs.

Face à la majesté de l’Iran, nous avons celle de la verte Irlande, qui elle aussi s’est retrouvée tristement sous les feux des projecteurs et des balles, séparée en deux, déchirée.

L’auteur aurait pu placer son récit dans un pays paisible, mais il a eu raison de nous poser à Killarney et de nous rappeler quelques saloperies dont sont capables les êtres Humains, un certain dimanche matin de manifestation paisible.

— Tu vois, finalement, j’ai peur que mon pays ne plonge dans ce type de conflit… Je sens le radicalisme religieux prendre de l’ampleur, les laïcs sont trop souvent associés au régime corrompu dénoncé par les Ayatollahs. La religion n’est qu’un prétexte pour une lutte politique extrémiste. En Irlande du nord ce sont protestants contre catholiques, chez moi en Iran musulmans modérés ou laïques contre extrémistes. Et tout cela au nom de Dieu ou d’Allah… cela n’a pas de sens. Le non-sens l’emporte, la raison est balayée d’un revers de main : on préfère faire parler les armes et les canons.

Entre deux (ou plus) pintes au pub, nos deux amis vont faire connaissance et se lier d’amitié et c’est avec tristesse que j’ai vu arriver le mot « Fin » car ma foi, j’aurais encore bien fêté quelques Saint-Patrick avec eux et bu des hectolitres de Guiness dans le pub de Paddy, assise à leur table près du feu de tourbe.

Parlant de politique, de science et des phénomènes inexpliqués, nos deux amis auront des conversations intelligentes, des idées que je partage et que je fus contente de lire dans ses pages qui pourtant, partaient bien mal avec notre Joël, qui, 40 après, retrouvait ses vieux carnets de l’époque et remontait le fil du temps, tentant de retrouver ce que son ami lui avait confié.

On peut dire ce que l’on veut, on a quand même de la chance d’être dans un pays où l’on peut voter librement, et où on peut faire part de ses opinions sans craindre d’être emprisonné. Mais parfois on se comporte en enfants gâtés de la démocratie, et on se plaint de ne savoir quoi choisir. Il est vrai que s’il y avait un candidat unique, ce serait plus simple.

Je me demande ce que Mano dirait de tout cela, lui qui a connu le régime du Shah et le régime islamiste, sans doute me répondrait-il avec son sens de la dérision et son humour si bienveillant. C’est un fait, je ne l’ai jamais entendu critiquer ni le gouvernement du Shah, même s’il n’en partageait pas l’idéologie, ni les opposants religieux dont il savait qu’ils accéderaient au pouvoir : c’était un laïque, et surtout un homme de dialogue, ouvert d’esprit. Je ne devrais pas en parler au passé, d’ailleurs.

Un roman dont je n’attendais rien de bon au départ vu son format et qui, ensuite, m’a fait voyager dans deux pays magnifiques, me faisant réviser mon Histoire politique passée et présente, me parlant des énigmes que sont les phénomènes inexpliqués, tout en m’immergeant dans une belle amitié entre jeunes gens d’origines différentes.

J’en suis sortie un peu groggy, triste de quitter cette bande de joyeux amis et de reprendre le chemin vers mon pays, quittant la verte Erin où je ne serais pas contre l’idée d’aller me rincer le gosier avec Joël et Mano, sûr que la rencontre serait, une fois de plus, enrichissante.

Patiemment, posément, avec mille détails, il replaça l’action de de Gaulle sur le plan international et conclut en disant :
— Je comprends que vous le trouviez barbant et dépassé, mais pour comprendre l’action d’un homme, il faut en examiner toutes les facettes et connaître le sens de son action.
Nous fûmes bluffés encore une fois par sa culture, son sens de l’Histoire, et par son indulgence.

Je remercie encore une fois les éditions NetGalley et l’éditeur d’avoir fait suite à ma demande et je remercie encore plus mon Superman d’avoir joué les Damido & Co du PDF et de me l’avoir servi à bonne température avec ce qu’il fallait de mousse.

Mano a d’ailleurs eu cette phrase dune grande portée philosophique :
— Le problème avec la bière, c’est qu’il faut toujours pisser entre deux… en fait ta soirée se résume à ça : tu bois, tu pisses, et tu recommence.
Bien entendu, j’ai remercié Mano pour ce grand moment de poésie…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

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Liquidations à la grecque [Trilogie de la crise 1] : Pétros Márkaris

Titre : Liquidations à la grecque [Trilogie de la crise 1]

Auteur : Pétros Márkaris
Édition : Points Policier (03/10/2013)
Édition Originale : Ληξιπρόθεσμα Δάνεια – Līxipróthesma dáneia (2010)
Traducteur : Michel Volkovitch

Résumé :
À Athènes, plusieurs membres de l’élite financière sont décapités. L’assassin couvre la ville de tracts exhortant les Grecs à ne pas payer leur dette aux banques.

Le pays s’enfonce dans la crise: les salaires fondent, les commerçants ruinés se défenestrent…

Le commissaire Charitos doit au plus vite confondre ce « Robin des banques » que la population exaspérée commence à prendre en sympathie.

« Nous sommes au bord de la folie. »

Critique :
Un ancien banquier très habile mais retraité, un certain Gigilamoroso, vient de se faire décapiter à l’épée, tel Anne Boleyn.

Pardon, c’est pas le bon nom… Comment tu dis ? Zizimenculos ? Non plus… Ces noms grecs, je ne m’y ferai jamais, moi…

Ah, voilà ! Zissimopoulos, Nikitas de son prénom. Et le premier qui me chante ♫ Nikitas Jolie fleur de Java ♪ s’en prendra une dans la figure ! Par contre, je n’ai rien contre Sir Elton John…

♫ Oh Nikita You will never know anything about my home ♪

Si je chante, c’est parce que j’ai le coeur léger ! Imaginez que dans ce polar grec, on décapite des banquiers… Pour une fois que les victimes ne me sont pas sympathiques mais le criminel oui… Des envies folles de l’embrasser, cet assassin même si ce n’est politiquement pas correct et que de toute façon, le mal est déjà fait, la crise est là.

Première incursion dans le petit monde de la police athénienne menée par le commissaire Kostas Charitos et pour une première, c’est plus que réussi.

Non seulement j’apprécie le commissaire (qui n’est pas un alcoolique bourré de blessures secrètes) mais aussi sa petite famille, dont son épouse Adriani, qui, malgré le fait qu’elle n’intervienne pas souvent, laisse un souvenir impérissable à la lectrice que je suis.

Si les membres de son équipe ont des noms assez difficiles à retenir pour la belge que je suis, leurs portraits sont esquissés en peu de mots, mais comme il y a des romans qui précèdent celui-ci, je suppose qu’ils sont plus détaillés dans ceux-là. Malgré tout, ils m’ont fait bonne impression, les inspecteurs Dermitestivale et… Pardon… Dermitzakis et Vlassopoulos (seuls les cavaliers comprendront mon jeu de mot).

Autre personnage dans cette enquête sur les banquiers qui perdent la tête, c’est la Grèce, ses embouteillages, sa chaleur, ses manifestations, sa grogne, ses emprunts et, personnage tout aussi important qui gravite dans ces pages, c’est cette bonne vieille crise financière de 2008 ! Oui, celle-là même qui a mis les banques à genoux (pas longtemps) et a vidé les poches de certains.

Intégrant à son enquête des explications sur certaines opérations banquières, l’auteur n’en fait pas trop et jamais cela ne devient indigeste, tout comme les revendications des grecs, leurs ras-le-bol, leurs râleries, le tout est incorporé au récit de manière naturelle et le lecteur se rend compte alors de ce que certains ont enduré puisque nous nous trouvons de l’autre côté du miroir.

Véritable coup de projecteur, la crise est mise en lumière par un grec, sans pour autant exonérer son pays et ses compatriotes de leurs fautes. Avec un certain cynisme et un cynisme certains, il n’a pas peur de mettre des nez dans leur caca.

Pour cette enquête, un personnage comme le commissaire Kostas Charitos était celui qui nous fallait : comme nous, il n’y connait pas grand-chose à cette crise financière et aux noms barbares de certains produits, tout comme les autres, il tire le diable par la queue, peste sur les supérieurs et leurs conneries, en a marre des magouilles politiciennes et voudrait faire son job de la meilleure manière qui soit.

— Écoute Kostas, il y a dans le pays deux sortes de fouteurs de merde : ceux qui cassent et ceux qui gouvernent. Toi le flic, avec lequel es-tu ?
— Avec ceux qui gouvernent dis-je à contrecœur.

Un roman noir éclairant la lanterne sur la crise financière, une enquête captivante, des assassinés peu sympathiques et une foultitude de personnages désabusés, bougons, fâchés, râleurs et qui paient les conneries de leurs gouvernements et les leurs aussi.

Un roman noir que j’ai eu du mal à lâcher et maintenant, je compte bien retrouver un autre jour le commissaire Kostas pour la suite de ses aventures, et le prologue aussi.

Un roman noir qui permet aussi à un Grec de dire par écrit ce que bien de ses concitoyens ont dit à voix haute ou à voix basse. Mais on n’écoute pas toujours les petites gens alors que ce sont eux les plus pénalisés.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

Un voyou argentin : Ernesto Mallo [Perro Lascano 2]

Titre : Un voyou argentin [Perro Lascano 2]

Auteur : Ernesto Mallo
Édition : Payot et Rivages (14/03/2012)
Édition Originale : Delincuente Argentino
Traducteur : Olivier Hamilton

Résumé :
Perro Lascano n’est pas mort. Il se remet peu à peu de ses blessures. Il a perdu sa maison, son travail et surtout Eva. La guerre est déclarée entre les différents services de police qui tentent de prendre la main sur le trafic de drogue qui faisait la fortune des militaires.

Lascano est recruté comme enquêteur privé pour mettre la main sur « Topo » Miranda, truand de la vieille école suspecté d’avoir volé l’argent sale d’une banque. Fuyant les flics pourris de son pays, Perro Lascano retrouve sa vieille connaissance le major Giribaldi pour qui le vent a tourné.

Critique :
— Non, Perro Lacano n’est pas mort ! Tu as vu son hommage chez Jean-Pierre Foucault ? Non ? Alors Perro Lascano n’est pas mort ! (voix d’Alain Chabat imitant Jacques Martin).

Argentine, années 80, rien de brillant, la corruption règne en maître, les plupart des flics sont des ripoux de première classe, les banquiers sont des voleurs et les politiciens aussi, sans parler de l’armée, coupable de bien des disparitions et des morts.

Là où il y a Gégène, il y a du plaisir, vous dirons les tortionnaires.

Dans le précédent volume, j’avais laissé le commissaire intègre Perro Lascano, se vidant de son sang sur le trottoir et je le retrouve donc vivant, mais mal en point, soigné par une jolie infirmière non conventionnée, payée par le supérieur de Lascano.

Si j’ai toujours apprécié les descriptions au vitriol d’une Argentine qui tente de sortir de la dictature pour se diriger vers une démocratie, j’ai un peu perdu pied dans toutes les petites affaires qui émaillent ce roman que l’on pourrait dire choral.

Entre Topo Miranda, braqueur tout juste sorti de prison et tentant de se refaire une santé financière pendant que Perro Lascano, perdant son bienfaiteur, se voit menacer de mort et obliger de jouer sur du velours pour retrouver les braqueurs de la banque, aidé en cela par le procureur Pereyra qui lui aussi voudrait bien faire tomber Giribaldi, militaire responsable de la mort de l’usurier dans le premier tome…

Dans un moment, il retrouvera Pereyra et ira flanquer la trouille à l’homme qui a ordonné sa mort. Le redoutable Giribaldi, rien que lui, l’homme dont le nom est cité à plusieurs reprises dans les pages du « Nunca Más », célèbre pour avoir donné à ses victimes des leçons de morale à coups de décharges électriques avec un aiguillon qu’il gardait toujours en main. Il avait lui-même écrit dans sa salle de torture les mots suivants : Si vous savez chanter, faites-le, sinon, tenez bon. En sortant, Perro a une pensée pour toutes les personnes qui ont un jour fermé la porte de leur maison pour ne plus jamais revenir.

Je vous avoue que j’ai eu l’impression que tout cela était un peu confus, mélangé, brouillon. Il faudra assez bien de pages pour que tout cela présente une certaine cohérence.

La chose la plus pire, ce sont les dialogues. Je l’avais déjà souligné dans ma chronique de L’aiguille dans la botte de foin, les dialogues se présentent sous la forme de textes bruts, sans tirets cadratins, sans guillemets, le tout balancé en bloc (et en italique) et à vous de suivre pour savoir qui dit quoi.

Tu ne t’es jamais posé la question de savoir pourquoi la douleur existe ? Pour te pourrir la vie. Non, pour la conserver. Si la douleur n’existait pas, tu ne te rendrais pas compte, par exemple, que tu es blessé et tu te viderais de ton sang comme un bienheureux. C’est clair. La douleur, c’est le langage que ton corps utilise pour informer le cerveau que quelque chose va mal, où ça se situe ainsi que le degré de gravité. Je comprends, il pourrait utiliser un langage plus doux. 

Bon, après quelques dialogues de la sorte, on arrive à s’en sortir, on comprend qui parle, mais ça reste tout de même assez complexe. On aurait envie de dire que les tirets cadratins n’ont pas été inventé pour les chiens. Sachant que « Perro » veut dire chien en espagnol…

Dans ce roman noir, Perro est toujours commissaire, mais il n’exerce plus, trop de poulets veulent lui faire la peau, et au final, il y aura plus d’honneur dans le voleur Topo Miranda que dans les policiers, qu’ils soient simples flics ou haut gradés.

— Tu peux m’expliquer où est la différence si c’est le voleur que je suis qui te paie pour pouvoir prendre la tangente plutôt que le banquier qui est lui aussi un voleur ?
— C’est très simple, si c’est le voyou de banquier qui paie on ne risque pas de me courir après, par contre, si c’est toi, ce sera une autre histoire.
— Mais moi je paie le double, c’est un meilleur deal et personne n’est censé être au courant.
— Je ne suis pas un homme d’affaires, Topo, je vois les choses différemment.
— C’est ça que je n’arrive pas à comprendre, Lascano, comment on peut être à ce point intelligent et con à la fois.
— La nature est pleine de surprises.

— Dis-moi, Topo, tu n’as jamais réfléchi à tout ce boulot que tu abats, aux risques que tu prends et à tout ce fric que tu voles, tout ça pour qu’il finisse dans les poches des flics les plus pourris qu’on puisse trouver ?
— Tu as raison, mais pour l’instant je me fous de tout ça.

Un roman noir toujours aussi caustique dans sa description de l’Argentine des années 80, parlant de corruption, de tortures, de disparitions d’opposants, de junte militaire, de magouilleurs assassinés par plus magouilleurs qu’eux, d’enlèvements d’enfants, de pauvres obligés de voler pour survivre, mais avec une intrigue fort brouillonne au départ et qui en partant dans tous les sens, pourrait perdre quelques lecteurs en chemin.

— Que voulez-vous que je vous dise, Pereyra ? Dans un pays comme le nôtre, où les gouvernements, avec la complicité des entreprises, volent jusqu’à l’envie de vivre aux gens, où un type qui a passé toute sa vie à bosser touche une retraite qui lui permet tout juste de se payer un café…
— Mieux vaut pauvre mais honnête, Lascano.
— Ah, oui ? Alors dites-moi, pourquoi les prisons sont pleines à craquer de pauvres ?
— Parce qu’ils n’ont pas de quoi se payer des avocats. Mais vous, vous êtes un homme honnête, voguant au beau milieu d’une mer de corruption.
— Disons que je suis un peu plus honnête que les autres mais, pour être franc, je ne sais pas si c’est par conviction ou par lâcheté. Et je n’ai aucune envie de le savoir.

Heureusement que j’avais une carte détaillée et des petits cailloux car malgré toutes les fois où je me suis égarée, j’ai toujours réussi à retrouver mon chemin et à terminer mon périple en suivant la silhouette longiligne de Perro Lascano.

Mais c’est comme ça, la chance est une putain qui finit souvent au lit avec un autre.

— Dans ce pays, p’pa, pour devenir président il faut être avocat ou militaire, et comme je ne veux pas être bidasse…
— Mais président, apparemment, tu n’aurais rien contre.
— Et pourquoi pas.
— Tu ne peux pas trouver quelque chose de mieux ?
— Truand, par exemple ?
— Te fous pas de moi, au final c’est presque la même chose. La différence c’est que les politiciens ont moins de chances de finir au trou.
— Très drôle.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et le Mois du polar (Février 2018) chez Sharon.

Le chasseur de lucioles : Janis Otsiemi

Titre : Le chasseur de lucioles

Auteur : Janis Otsiemi
Édition : Jigal (2012) / Presse Pocket (2014)

Résumé :
À Libreville, une prostituée est découverte sauvagement assassinée dans un motel de la périphérie. Les agents de la PJ – de fidèles abonnés des bordels de la capitale – pensent tout d’abord à un crime de rôdeur…

Quand une seconde fille est retrouvée égorgée dans un autre hôtel du quartier, les policiers sont encore loin d’imaginer qu’ils ont affaire à un client bien décidé à nettoyer la ville de toutes ses lucioles… Celui qui te veut du mal la nuit a commencé à t’en vouloir le jour.

C’est dans ce climat de psychose générale que les gendarmes de la DGR enquêtent de leur côté sur le braquage d’un fourgon de la Société Gabonaise de Sécurité dont le butin de plusieurs millions de francs CFA attise bien des appétits…

Critique : 
Vous voulez en apprendre un peu plus sur le Gabon ? Oubliez le Guide du Routard, trop gentil, et ouvrez plutôt ce roman !

L’auteur est sans concession aucune envers son pays, gangréné par la corruption qui se pratique à tous les étages, tout en sachant que plus on est haut dans la société, plus on peu corrompre et s’en mettre plein les poches.

On ne peut pas prêcher l’honnêteté en bas de l’échelle sociale quand d’autres, au plus haut niveau, s’en mettent plein les poches.

Celui qui voudrait rester honnête ne le pourrait pas. Oui, ici la corruption et le clientélisme sont des véritables sports nationaux.

Le tribalisme doublé du népotisme, du clientélisme et de l’allégeance politique est ici un sport national, comme le football l’est au Brésil. Plus qu’une chasse aux sorcières, l’épuration ethnique est légion dans toute l’administration gabonaise. Certains ministères étaient même réputés être la propriété d’une certaine ethnie. Vive la république tribaliste !

Ici, il dit tout ce qu’un guide touristique ne dirait pas et que le politiquement correct (ou la trouille des répressions) évite de dire, entre autre, les problèmes entre les ethnies. Si un bureau est rempli de Fangs, n’y faite pas entrer un Myènè.

Le dépaysement est garanti dans ce roman car nous ne faisons pas que de changer de pays, de continent, de culture…

L’auteur étant du pays, il nous parle en connaissance de cause, émaillant ses dialogues de mots bien de chez lui, avec les traductions en bas de pages, parce que leurs expressions ne sont pas les mêmes chez eux que chez nous. Ou le contraire, tout dépend dans quel pays on se place.

Ici, les flics n’ont rien de Sherlock Holmes, rien des Experts Miami… On bosse encore à l’ancienne et niveau recherches des preuves, ma foi, on tabassera le suspect d’abord, on vérifiera après. La preuve, la résolution des crimes ne passera pas par de puissantes déductions, mais devra plus à la chance et aux renseignements obtenus.

J’ai eu juste un peu de mal au départ avec les différents personnages, n’arrivant pas à assimiler qui était qui et faisant un bouillon avec tout le monde avant que le cerveau ne se reconnecte et enregistre le tout.

Un cadavre sur la plage, un trafic d’armes, une enquête, un braquage de fourgon blindé, une autre enquête, des prostituées (lucioles) qui se font assassiner sauvagement, on secoue et hop, on vous emballe le tout dans un chouette petit roman bien dépaysant, avec des chapitres courts, des proverbes bien de chez eux, des expressions aussi, une grosse louche de corruption et le tour est joué.

Étoile 3

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016).

CHALLENGE - Thrillers et polars 2015-2016